Populismes

L’association Le Poing Commun, à la suite d’un cycle thématique dédié au travail, a souhaité interroger la notion de populisme. Comme une première mise en perspective, le nouveau cycle thématique s’intitule « populismes », laissant entendre qu’il existerait plusieurs populismes, nécessitant par là même un travail de définition préalable. Nous avons pu observer qu’il s’agit d’un terme récurrent dans le débat politique, principalement employé pour dénigrer et discréditer toute pratique politique s’éloignant du discours conventionnel.

Les détracteurs du populisme le condamnent comme un moyen malhonnête de défendre des intérêts particuliers qui entreraient en contradiction avec la réalité : défense des valeurs nationales face au multiculturalisme, focus sur la fraude sociale plutôt que sur l’évasion fiscale, confrontation des communautarismes pour scinder la société, éducation conservatrice et tutélaire, etc.

Cette tare toucherait principalement les deux bords de l’échiquier politique. Les prétendus « extrêmes » chercheraient à persuader plutôt qu’à convaincre, à légitimer un discours au travers des passions du citoyen (ses désirs, ses espoirs, ses peurs), nonobstant de fait tout ancrage pragmatique, tout rapport au réel – qu’il soit économique, social ou autre.

Face au populisme, le pragmatisme serait une politique raisonnée, fondée sur les faits et consciente des impératifs extérieurs. Il refuserait au citoyen toute contrainte affective dans sa prise de décision, pour faire émerger dans son discours et son programme politique un individu rationnel digne des théories libérales les plus orthodoxes. Mais alors, le pragmatisme, en tant qu’il dépouille le peuple de sa capacité à faire de la politique, n’est rien d’autre qu’un élitisme, faisant prévaloir l’avis des experts, des techniciens ou des conseillers, sur l’avis irrationnel d’un peuple vu comme illégitime. Dès lors, le rejet par l’élite de ce qui touche au populaire trouve comme motivation non pas la sauvegarde de la démocratie, mais celle de sa propre caste.

En effet, le populisme, dans l’absolu, pourrait aboutir à la fin du système représentatif. Compris comme la volonté de faire appel au peuple en tant qu’acteur politique majeur, il chercherait à construire avec et pour le peuple un programme cohérent. On ne parle plus ici d’une idéologie, mais d’une méthode politique à part entière. Dans cette perspective, le populisme s’oppose à l’élitisme en voulant croire en la capacité du peuple à faire de la politique par lui-même.

Le populisme, en tant qu’il s’appuie sur les affects – soit pour susciter l’adhésion, soit pour agir politiquement – renoue avec cette part de l’homme évincée par le pragmatisme libéral. En effet, l’homme agit et réagit au gré de ses émotions, avant de prendre conscience de ses motivations profondes. Aussi, faut-il dénier aux passions toute légitimité politique, ou repenser un modèle politique capable d’intégrer dans la prise de décision la voix du peuple, emprunte de doutes, de ressenti et d’idéaux  ?