(Tribune Libre) « Cantat est de retour. Les champions de la morale aussi. » par Jonas Sallembien

Tribune Libre – Jonas Sallembien – 20 novembre 2017
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Justice triomphe de la démesure, quand son heure est venue ; pâtir rend le bon sens au sot (Δίκη δὑπὲρ ὔϐριος ἴσχει ἐς τέλος ἐξελθοῦσα· παθὼν δέ τε νήπιος ἔγνω). – Hésiode, Les travaux et les jours, v. 217-219, Paris, Editions Les Belles Lettres, 2014, p. 94.

I. Introduction

En décembre 2017, Bertrand Cantat sortira un nouvel album. Pour l’occasion, l’un des titres a été rendu disponible le 6 octobre. S’en est suivie une polémique, qui tire sa source de la Une du 10 octobre des Inrockuptibles (1) intitulée « Cantat. En son nom » et qui, semble-t-il, n’a pas fait l’unanimité. En réaction, Elle, le magazine qui consacre une partie non négligeable de ses pages au corps féminin, à son entretien et à sa mise en valeur — et qui, par conséquent, participe activement à entériner le patriarcalisme et ses habitus (2) —, a cru bon de titrer, le 17 octobre, « Au nom de Marie », se servant ainsi de l’actrice comme prétexte pour amalgamer une affaire complexe qui remonte à 2003 et les violences faites aux femmes (3). Entre temps, chacun s’est enorgueilli de son petit commentaire prosaïque, superficiel et médiocre sur le sujet. Marlène Schiappa, la ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, en a d’ailleurs donné un merveilleux exemple sur Tweeter (le 11 octobre), pensant être à l’apogée de la pensée égalitariste en cent quarante caractères : « Et au nom de quoi devons-nous supporter la promo de celui qui a assassiné (4) Marie Trintignant à coups de poings ? Ne rien laisser passer. » Outre le fait qu’il est tout aussi affligeant que scandaleux de voir une élue de la République nier à ce point le Droit (5), l’attitude générale à l’égard de Bertrand Cantat témoigne au fond d’une véritable méconnaissance, aussi bien de « l’affaire Cantat » dans son entièreté — et a fortiori de ses implications juridiques — que d’une négation de la République et de ses institutions.
Nous chercherons donc, à travers une clarification sémantique et conceptuelle, à démontrer l’inconsistance d’une écrasante majorité des propos tenus sur le sujet, afin de comprendre pourquoi accabler l’artiste d’injures et d’appels à la censure relève d’une contradiction notoire et antirépublicaine. Ce plaidoyer se voudra, dans la mesure du possible, objectif, en ce sens qu’il ne sera pas question d’inviter chacun à aimer ou non la musique de Bertrand Cantat. Cela reviendrait, en effet, à se précipiter dans un jugement qui relèverait du seul fait de l’agréable (6) — qui animait en partie les réactions affectives suscitées par le verdict du procès en mars 2004 ou la libération conditionnelle du chanteur en octobre 2007, et qui imprègne toujours chacune de ses sorties musicales — et que nous voulons à tout prix éviter.

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Pour une liberté de la presse réelle – Jordan Ruynat et Thibault Mordraal

Pour une liberté de la presse réelle

Jordan Ruynat et Thibault Mordraal

Cycle thématique – « Libertés »

La liberté de la presse est l’une de celles qui semblent faire consensus dans la politique française : tout le monde s’accorde sur la nécessité de la défendre, et lorsque, comme avec Charlie Hebdo, elle est menacée par le terrorisme, il s’ensuit un mouvement de masse pour la défendre. Ce n’est évidemment pas nous qui nous en plaindrons : la liberté de la presse est un combat historique des républicains. Cependant, si l’on tient vraiment à cette liberté, on doit aller au-delà des proclamations et de l’indignation facile : à quoi sert-elle ? À quel point est-elle vraiment appliquée ? Comment la défendre ? A-t-elle des limites ?

L’objectif de ce texte sera donc de chercher ce qu’est réellement la liberté de la presse, pour mieux la défendre et ainsi faire aboutir l’idéal républicain.

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Tribune libre : Itele, bilan de la plus longue grève de l’audiovisuel français depuis mai 68 ?

   Tribune libre – Rémi Rossi

31 jours. C’est la durée de la plus longue grève d’un média français depuis Mai 1968 et la grève de l’ORTF. Le 20 novembre dernier à l’occasion du premier tour des primaires républicaines, une partie des salariés d’Itele ont repris le travail. Une partie seulement puisque 35 journalistes ont jeté l’éponge et quitté la rédaction, soit près d’un tiers des effectifs de la chaîne du Groupe Canal Plus. Si l’étincelle à l’origine de la grève débutée le 17 octobre est le recrutement du très controversé Jean-Marc Morandini (mis en examen pour corruption de mineur aggravée), cette crise est symptomatique d’un problème concernant aujourd’hui une grande partie des rédactions des grands médias nationaux. Ceux-ci Lire la suite

Tribune libre : la compassion oui, la bigoterie non

par Katia Buisson

Quand une visite au Pape est  financée par les deniers publics, l’émotion piétine la laïcité.

Le 14 juillet dernier, la France a été une nouvelle fois attaquée par des terroristes. 180 victimes et familles de victimes de ce massacre ont été reçues ce samedi 24 septembre au Vatican par le Pape. Cette visite, qui a notamment nécessité l’affrètement de deux avions par Air France, a été organisée et financée par la municipalité de Nice.

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« Vouliez-vous une révolution sans révolution ? » – Robespierre, à jamais l’incorruptible

Par Quintus BRUTUS 13 Septembre 2016

robespierre

Il y a 222 ans, Maximilien Robespierre était guillotiné sur l’actuelle place de la Concorde, après cinq années de révolution.  L’historiographie a très souvent omis d’insister sur l’infime plage temporelle durant laquelle se sont déroulés les évènements de la Révolution Française : cinq ans, l’équivalent d’un quinquennat présidentiel de nos jours. Cinq années qui ont changé la France à jamais, cinq années qui marquèrent le début d’une nouvelle ère politique pour le monde entier, cinq années qui scellèrent le message universaliste de liberté, d’égalité et de fraternité de la République Française. Durant ces cinq années, des milliers, voire des millions d’individus ont contribué à la Révolution, de près ou de loin, pour sa défense ou à son encontre. Robespierre était l’un d’entre eux : un acteur de la Révolution parmi d’autres.

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Tribune libre : Laïcité et/ou universalité ?

par Vincent Froget

La laïcité est un des repères majeurs d’une République digne de ce nom. Un état ne peut assurer la valeur d’égalité en reconnaissant une religion au détriment d’une autre ou des athées. Il réside donc dans ce principe une volonté de neutralité permettant un sentiment de justice parmi les citoyens.

Depuis quelques mois, la laïcité redevient une thématique majeure. On la voit, de-ci-delà, rajoutée au triptyque national comme si elle était une valeur. Or sa valeur, ses valeurs, ce sont celles de l’égalité (de traitement) et de la liberté (de conscience). En faire une valeur me paraît périlleux voir douteux. Lire la suite

Tribune libre : au coeur de NuitDebout Paris

Par Damien Arnaud

15 mai 2016, Place de la République à Paris. Pour beaucoup de personnes présentes, ce n’est pas un jour comme les autres. C’est même un grand jour pour toutes celles et tous ceux qui luttent contre l’austérité, contre le capitalisme, contre les injustices et les inégalités de toutes sortes. Cela fait en effet 5 ans, jour pour jour, que le mouvement des Indignés, dont s’est inspiré Nuit Debout, est né en Espagne.

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Tribune libre – L’Union Européenne, les lobbies financiers plutôt que la liberté de la presse.

Par Katia Buisson

Les trois quarts des députés européens ont adopté, jeudi 13 avril, une directive européenne, afin de protéger le « secret des affaires ». Cette norme juridique contraignante qui fait peser sur les Etats une obligation de résultat, quant aux objectifs qu’elle fixe. En l’espèce, il s’agit de protéger les entreprises et leurs informations les plus secrètes, en leur offrant un arsenal législatif leur permettant d’ester en justice toute personne qui se serait rendue coupable de leur divulgation. Cela devant des juridictions (européennes) en invoquant le respect de la propriété intellectuelle (ce qui peut être louable) ou encore de la violation de règles pénales (qui ont alors attrait à tout ce que l’entreprise veut maintenir secret).

Nous citoyens européens pouvons donc être rassurés, les (grandes) entreprises sont renforcées, leurs secrets protégés, et l’innovation encouragée. Leur lobbying institutionnalisé auprès des instances européennes fonctionne encore.

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Tribune Libre – Habemus Forum – Retour d’observation NuitDebout

Par Jonathan BOCQUET

Une épaisse fumée blanche s’échappe place Guichard. Elle ne sort pas d’une cheminée… Qu’annonce-t-elle ? La naissance d’un forum.

J’ai testé, les marches, le kebab, l’atelier film, l’atelier presse, les toilettes sèches, quelques commissions et surtout l’amphithéâtre. Je n’ai pas testé la prise de micro, le coca à 2€ d’un vendeur ambulant et l’atelier féministe non mixte. Cela fait plusieurs fois que je me rends place Guichard. J’ai démarré une observation plus méthodique lors de ma troisième venue. J’ai dû y passé en tout à ce jour (18 avril) une vingtaine d’heures. Trop peu pour définir le mouvement et tirer de mes observations, autre chose que des hypothèses et des questionnements. J’envie d’ailleurs les analystes qui déjà parviennent à dire ce que c’est que NuitDebout. J’y suis par sympathie et par curiosité ; parce que je vois des gens parler politique, débattre et s’agiter ; parce que je devine des échanges passionnés et des discussions musclées ; pour y voir la chose publique et y trouver une part du peuple souverain.

J’en ai trouvé effectivement une partie. Débattante, militante, conviviale. Lire la suite

Tribune Libre – Nuit Debout, précieux processus d’individuation

  Par Laurent LEGENDRE, viedebout

La société de consommation a promis que l’individualisme généralisé produirait le bonheur de tous. Que le fait d’entrer en compétition permanente avec autrui génèrerait une amélioration de la société par le ruissellement de la réussite des meilleurs sur les autres. Il n’en est rien. Il faut donc trouver une autre forme adaptée à l’humain pour construire une société plus égalitaire et moins violente. Nous proposons l’individuation1.

L’individuation est le processus de construction de l’individu, le « je », lors de sa participation à un collectif, le « nous ». Lire la suite