Ecologie

Présentation du cycle thématique

   L’association Le Poing Commun poursuit son entreprise de réflexion critique sur les notions liées à la République et à ses valeurs. Après la liberté, le travail et les populismes, nous avons souhaité traiter de la notion d’écologie.

   L’actualité politique présente les prémisses d’un débat enrichissant sur une notion devenue prépondérante dans l’évolution de notre société. À la suite des États Généraux de l’Alimentation, et de la loi qui les a succédés, les prises de position citoyennes sur le glyphosate, la vidéosurveillance dans les abattoirs, le Nutri-Score, etc. se sont multipliées.

   En effet, l’écologie se doit d’être au cœur de notre choix de société, comme outil théorico-pratique au service de la préservation d’un bien commun : notre environnement. Les enjeux se situent à la fois sur le plan de la santé publique (qui pose jusqu’à la question de la survie de notre espèce !) que sur d’autres plans plus systémiques tels que le respect de la nature et du vivant, la production d’énergie et de ressources durables, la protection de notre environnement, l’humanité des modes de production et de consommation…

   Si l’écologie est reléguée au rang de variable d’ajustement, destinée à verdir des mesures productivistes destructrices de l’environnement, les valeurs fondamentales de la République en pâtiront assurément, des causes du manque de ressources premières (eau potable, aliments sains…), des déplacements de population liés au dérèglement climatique, de la destruction de notre écosystème via l’agriculture intensive, des inégalités liées au coût de l’énergie, du risque nucléaire permanent, etc.

   En plus de souligner la nécessité de la prise en compte de l’urgence écologique, ce cycle thématique sera l’occasion de discuter des forces opposées à l’avènement d’une République écologique. Le climatoscepticisme ambiant en est un exemple édifiant. La mainmise des lobbies sur les pouvoirs exécutif et législatif en est un autre. Nous constatons également une ignorance crasse – ou un déni coupable – sur les conséquences de la persistance du système actuel et les enjeux de la transition écologique. L’éducation à l’environnement et au développement durable, défendue par l’UNESCO, semble être un outil déterminant dans la préservation d’une république démocratique foncièrement libre, égalitaire et fraternelle.

   Ces questionnements, craintes et alertes sont autant de témoins de la pertinence de ce cycle thématique sur l’écologie, dans la défense et la promotion des fondamentaux républicains, autant que du bien commun que constitue notre environnement.

Cycle thématique « populismes »: conclusion

Le cycle thématique Populismes, lancé par l’association Le Poing Commun en février 2018, a permis la publication de deux articles, et l’organisation d’une table ronde intitulée « De quoi le populisme est-il le nom ? » en partenariat avec l’association Le Vent se lève.

Ces contributions et cet évènement furent l’occasion d’interroger la pluralité des sens de ce terme galvaudé et d’approfondir la compréhension de ses diverses facettes. Ils ont également souligné le lien fort, d’opposition ou de synergie, qui peut exister, dans le débat public, entre le populisme et les valeurs républicaines que l’association Le Poing Commun s’attache à promouvoir. 

Les deux articles publiés se sont appuyés sur les travaux déjà existants pour prolonger la réflexion sur la notion : l’un s’interroge sur l’appropriation du populisme par les partis politiques de gauche, l’autre revendique l’intérêt du populisme comme outil rhétorique nécessaire, bien que provisoire, dans la recherche d’alternatives politiques démocratiques.

La table ronde a réuni une centaine de personnes autour d’une question centrale : qu’est-ce que le peuple ? A la suite de quoi, les différents intervenants ont confronté leurs conceptions du populisme, ouvrant ainsi sur un débat constructif, entre les invités et avec la salle.

Le cycle thématique s’est attaché à réhabiliter le terme de populisme, car là où il est systématiquement décrié comme un danger pour la démocratie, le Poing Commun s’est demandé comment il pouvait servir et renforcer les valeurs républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité, comme lien direct avec le peuple. Sans idéalisme ou naïveté, nous nous sommes attachés à développer une pensée politique critique à même de faire évoluer le regard sur cette notion, et par là même les usages qui en sont faits.

Le populisme : péril démocratique ou nécessité provisoire ? par Blandine Lavignon

Le populisme

Péril démocratique ou nécessité provisoire pour une restructuration politique globalisante ?

La difficulté d’appréhender la notion de populisme, et le raccourci de son positionnement antagoniste vis-à-vis du bien-fondé démocratique amène à s’interroger sur la réalité structurelle que cache l’agitation de l’étendard de la menace populiste.

L’articulation entre populisme et démocratie

Le système démocratique globalisé se présente comme garant de l’État de droit et sa condition. Cette tendance prédominante tend à la lecture de tous canaux d’expression non inscrits dans la logique démocratique moderne comme potentielles menaces pour celle-ci.

Ainsi, cette logique démocratique s’articule en termes de « nous » en opposition à « eux », ce que Jacques Derrida définit « d’extérieur constitutif ». Émerge donc un processus de constitution d’un « peuple », qui dès lors exclut l’hétérogène. Cette recherche perpétuelle d’un consensus conditionnant le « nous » met à mal les possibilités de transformer le pouvoir. La démocratie moderne universalise et érige donc ce système politique comme le seul légitime et garant des droits de l’homme. Peu à peu, la démocratie moderne pousse le consensus encore plus loin en revendiquant la possibilité d’une position centriste, faisant fi des clivages traditionnels.

Le populisme se positionne dès lors comme dénonciateur du consensus centriste. Dès lors, il est pertinent de se demander si le brouillage des clivages exigé par la démocratie moderne, qui débouche sur une négation de la nécessité de confrontation de points de vue contradictoires, n’est pas plus dangereux pour la démocratie. Le populisme apparaît comme contradictoire avec l’idéal démocratique tel qu’il se structure dans nos sociétés. Cette articulation relationnelle peut être repensée différemment selon les schémas sociétaux : chaque société ne cultive pas le même historique politique et la même inscription de la société civile dans le jeu démocratique.

L’éclosion populiste investit le terrain de la contestation, dénonçant par exemple les dérives de la démocratie représentative en promouvant la démocratie directe. En ce sens, Bertrand Badie écrit du populisme : « il a plus de sens par les manques qu’il révèle que par ce qu’il porte en propre 1». Le populisme semble mettre en avant les failles de la démocratie telle qu’elle s’exerce, en mobilisant les canaux qu’elle condamne. En effet la constitution d’un peuple telle que l’exige la tradition démocratique amène à un processus hégémonique qu’il apparaît nécessaire de contester. Ainsi, pour Chantal Mouffe : « la démocratie libérale doit renoncer à sa prétention d’universalité […], envisager une pluralité de réponses légitimes à la question de ce qu’est un ordre politique juste 2».  

L’inquiétude populiste, une crainte fondée ?

L’inquiétude populiste renvoie d’abord à la notion de « peuple » qui l’habite. Celui-ci s’incarne d’abord dans l’objet institutionnel démocratique en tant que souverain, mais également comme éclatement de collectivités sociales qui tendrait à en faire une masse incontrôlable. Par ailleurs, on constate un glissement sémantique du terme vers un usage péjoratif.

Le populisme considère que la souveraineté populaire est devenue obsolète, en raison de l’exercice d’une démocratie aseptisée. Plusieurs aspects semblent transparaître de la rhétorique populiste : la condamnation des élites et la défense de l’identité nationale, ainsi qu’une recherche discursive de fédération d’un peuple. Cette conception prégnante inscrit la dimension populiste uniquement dans son historicité européenne, où le néopopulisme qui en découle aujourd’hui tend à une intégration objective de la radicalité populiste dans le jeu normal des institutions.

A contrario, le populisme sud-américain jouit dans une certaine mesure d’une dimension plus progressiste consistant à proposer un modèle alternatif dans lequel le peuple s’imposerait sans passer par une lutte des classes, prônant un idéal de démocratie plébiscitaire. Ainsi, la mobilisation s’appuie sur l’importance de la médiation démocratisée dans l’investissement du peuple qui apparaît comme stratégie de transformation sociale. D’après Jesús Martín-Barbero, le populisme sud-américain « revalorise les articulations entre la société civile et le sens social des conflits, au-delà de leur formulation politique 3».

De l’intérêt du politique d’investir la rhétorique populiste

La condamnation du populisme et l’agitation comme étendard de sa menace sont un anathème récurrent qui permet d’éviter la remise en question structurelle d’un système démocratique malade — le sociologue Alain Touraine qualifie d’ailleurs le populisme de « maladie infantile de la démocratie 4». Par la diabolisation du populisme, l’indignation populaire est instrumentalisée comme une passion irrationnelle représentant un danger quant au bon fonctionnement du jeu politique. Dès lors, le peuple n’apparaît pas comme un acteur politique compétent.

Le caractère irrationnel du populisme instrumentalisé s’illustre aussi dans l’adhésion à un leader charismatique, jouant le rôle de catalyseur de l’unité du peuple. Le pouvoir populiste s’inscrirait donc dans une logique de pouvoir charismatique théorisé par Max Weber, et que l’on sait corrélative au pouvoir totalitaire. Jouer sur cette proximité affuble d’un aspect inquiétant la notion de populisme. Dans cette idée, Joël Gaubert écrit : « L’anathème antipopuliste justifie en la voilant la violence de l’ordre — ou désordre — établi en accusant les sursauts d’indignation populaire de tous les maux de la société5 ».

La rhétorique populiste met en avant le paradoxe démocratique, qui légitime les médiations toujours plus nombreuses et limitatives entre peuple et pouvoir en place. L’émergence du populisme est révélatrice de l’état d’une société, mais c’est également la forme par laquelle il va se caractériser qui sera déterminante quant au danger démocratique qu’il conditionne véritablement. Dans le cas d’un populisme protestataire par exemple, la menace potentielle fera office de justification pour une disqualification des discours. La critique du populisme trouve également justification dans la thèse de l’autoritarisme des classes populaires, qu’explicite la sociologue Annie Collovald6

Le populisme vu comme tel revendique la participation citoyenne non comme un moyen, mais comme une fin à l’établissement d’un système politique pleinement démocratique. Le discours populaire, vu comme détenteur d’une simplification outrancière du réel conduisant à une logique binaire, peut également être lu comme l’expression d’une volonté de transparence directe, cherchant à être l’incarnation d’une émancipation politique. Cette volonté de réappropriation politique a été notamment explorée via un processus méthodologique avec la méthode Alinsky, dont l’initiateur écrit : « Après tout, le véritable programme démocratique, c’est un peuple qui s’intéresse à la démocratie »7. Cette méthode, analysée de manière récurrente comme populiste, se voit pourtant revendiquée par la France Insoumise. La méthode Alinsky place le citoyen au cœur du projet politique : l’idée est de recueillir les revendications citoyennes, pour en faire émerger concrètement des prégnantes puis intervenir stratégiquement en les prenant en compte.

Le populisme n’apparaît pas seulement catégorisable comme une idéologie mettant en péril la stabilité démocratie, en ce sens que son éclosion pointe les contradictions que porte le système démocratique. Si le populisme n’est pas une alternative structurante, puisque davantage rhétorique qu’idéologie, il conditionne l’urgence et la pertinence de recherche d’alternatives politiques dans un monde en profond changement.

1. Jean-Pierre Rioux, « La tentation populiste », in Le populisme, contre les peuples ?, Cités n° 49, Presses Universitaires de France, 2012
2. Chantal Mouffe, Le paradoxe démocratique, Beaux-Arts de Paris éditions, 2016.
3. Jesús Martín-Barbero, « Débats et combats autour du populaire en Amérique latine », in Populaire et Populisme, Les essentiels d’Hermès CNRS éditions, Paris, 2009.
4. Agulhon Maurice, Badie Bertrand, Bergounioux Alain, Besançon Alain, Rudelle Odile, Stengers Jean, Stora Benjamin, Thibaud Paul, Touraine Alain. Le populisme ?, in Vingtième Siècle n° 56, 1997.
5. Joël Gaubert, « Malaise populiste dans la démocratie contemporaine », in Le populisme, contre les peuples ?, Cités n° 49, Presses Universitaires de France, 2012.
6. Annie Collovald, « Le populisme : de la valorisation à la stigmatisation du populaire », in Populaire et Populisme, Les essentiels d’Hermès CNRS éditions, Paris, 2009.
7. Saul Alinsky, Reveille for Radicals, New York, Vintage, 1989, p. 55.

Communiqué : réaction aux propos de Azzedine GACI et Kamel KABTANE

Le Poing Commun condamne les interférences de représentants cultuels avec la justice.

La sortie médiatique d’Azzedine Gaci, recteur de la mosquée Othmane à Villeurbanne et de Kamel Kabtane, recteur de la grande mosquée de Lyon la semaine dernière réclamant la libération de Tarik Ramadan est indécente. Au nom de quoi interviennent-ils, remettant en cause l’indépendance de la justice et la laïcité qui suppose aussi la séparation des églises et du pouvoir judiciaire.

De plus, nonobstant la présomption d’innocence, les faits reprochés à l’accusé sont suffisamment graves pour que chacun adopte une attitude de réserve.
L’équipe du Poing Commun

Table-ronde « De quoi le populisme est-il le nom ? »

Table_ronde_populismes

Dans le cadre du cycle thématique « populismes », le Poing Commun organise avec le média indépendant Le Vent se Lève une table-ronde sur le thème « De quoi le populisme est-il le nom ? », le mercredi 28 février à la Maison des Passages (44 rue Saint-Georges, Lyon 5e).

L’entrée est libre, mais pour une bonne organisation de l’événement, une billetterie a été mise en place

Venez nombreux !

Populismes

Présentation du cycle thématique

L’association Le Poing Commun, à la suite d’un cycle thématique dédié au travail, a souhaité interroger la notion de populisme. Comme une première mise en perspective, le nouveau cycle thématique s’intitule « populismes », laissant entendre qu’il existerait plusieurs populismes, nécessitant par là même un travail de définition préalable. Nous avons pu observer qu’il s’agit d’un terme récurrent dans le débat politique, principalement employé pour dénigrer et discréditer toute pratique politique s’éloignant du discours conventionnel.

Les détracteurs du populisme le condamnent comme un moyen malhonnête de défendre des intérêts particuliers qui entreraient en contradiction avec la réalité : défense des valeurs nationales face au multiculturalisme, focus sur la fraude sociale plutôt que sur l’évasion fiscale, confrontation des communautarismes pour scinder la société, éducation conservatrice et tutélaire, etc.

Cette tare toucherait principalement les deux bords de l’échiquier politique. Les prétendus « extrêmes » chercheraient à persuader plutôt qu’à convaincre, à légitimer un discours au travers des passions du citoyen (ses désirs, ses espoirs, ses peurs), nonobstant de fait tout ancrage pragmatique, tout rapport au réel – qu’il soit économique, social ou autre.

Face au populisme, le pragmatisme serait une politique raisonnée, fondée sur les faits et consciente des impératifs extérieurs. Il refuserait au citoyen toute contrainte affective dans sa prise de décision, pour faire émerger dans son discours et son programme politique un individu rationnel digne des théories libérales les plus orthodoxes. Mais alors, le pragmatisme, en tant qu’il dépouille le peuple de sa capacité à faire de la politique, n’est rien d’autre qu’un élitisme, faisant prévaloir l’avis des experts, des techniciens ou des conseillers, sur l’avis irrationnel d’un peuple vu comme illégitime. Dès lors, le rejet par l’élite de ce qui touche au populaire trouve comme motivation non pas la sauvegarde de la démocratie, mais celle de sa propre caste.

En effet, le populisme, dans l’absolu, pourrait aboutir à la fin du système représentatif. Compris comme la volonté de faire appel au peuple en tant qu’acteur politique majeur, il chercherait à construire avec et pour le peuple un programme cohérent. On ne parle plus ici d’une idéologie, mais d’une méthode politique à part entière. Dans cette perspective, le populisme s’oppose à l’élitisme en voulant croire en la capacité du peuple à faire de la politique par lui-même.

Le populisme, en tant qu’il s’appuie sur les affects – soit pour susciter l’adhésion, soit pour agir politiquement – renoue avec cette part de l’homme évincée par le pragmatisme libéral. En effet, l’homme agit et réagit au gré de ses émotions, avant de prendre conscience de ses motivations profondes. Aussi, faut-il dénier aux passions toute légitimité politique, ou repenser un modèle politique capable d’intégrer dans la prise de décision la voix du peuple, emprunte de doutes, de ressenti et d’idéaux  ?

Le pôle publication

[Tribune Libre] « Laïcité, le cœur battant de la République. » Par C.Thizy

Tribune libre – « Laïcité, le cœur battant de la République. » Par C.Thizy

22/12/2017

La bougie du 112e anniversaire « officiel » de la laïcité a été soufflée il y a quelques jours. Et pourtant… Écran de fumée mémoriel ou véritable attachement de nos représentants à l’un des principes fondateurs de la République ?
À la lumière de l’actualité, un doute persiste affreusement. La création d’un « dialogue interconfessionnel » sous l’égide du ministre (d’État) de l’Intérieur, ou encore les dispositions de l’article 38 du projet de loi « pour un État au service d’une société de confiance » (autorisation de subventions de l’État à des associations cultuelles !), suscitent de vives et légitimes inquiétudes.

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