La République n’est pas la fille aînée de l’Eglise : réponse au député Bonnell

Depuis les premiers pas de la République, l’église n’a jamais cessé de combattre l’ensemble des avancées sociales et sociétales.

 De la condamnation de l’idéal des lumières et de la révolution française aux courants ultramontains qui fustigeaient la troisième république,  l’histoire de la république française est une longue succession de combats que les républicains ont dû mener, bien malgré eux, contre les églises.

Symboliquement dans le combat pour l’émancipation, je retiens en particulier le féroce acharnement de l’église contre l’édification d’une instruction publique nationale. Plus récemment, elle a employé l’ensemble de ses réseaux pour lutter contre les mouvements en faveur de l’égalité des droits ou pour la liberté de chacun à disposer de son corps.

Les fondements républicains ne puisent pas leur inspiration dans les dogmes religieux. En fait, la République n’a pas eu d’autre choix que de se construire contre l’Eglise puisque celle-ci n’eut de cesse de s’opposer à chacune des étapes de sa construction.

Dire que la République est la fille aînée de l’Eglise, c’est comme prétendre que le soleil se lève grâce à la nuit.

Oui la loi de 1905 est une loi de compromis qui a permis à tous les croyants et incroyants de vivre ensemble. C’est bien cette loi (contre laquelle une large partie de l’Eglise s’était d’ailleurs opposée), qui vous permet aujourd’hui de vous revendiquer d’une religion et de fonder vos combats politiques sur vos convictions spirituelles profondes, quelle qu’elles soient.

Bien sûr, elle ne vous interdit aucunement de vous revendiquer d’une religion et de fonder vos combats politiques sur vos convictions spirituelles profondes. La laïcité engage la neutralité de l’Etat, pas celle des députés. Mais au nom du droit à l’indifférence et à l’équité, nous pourrions attendre d’un député de la république qu’il s’astreigne sur les questions de foi à une certaine réserve puisqu’il est le représentant de tous les français. Il serait catastrophique que demain, la foi d’un candidat devienne un argument électoral comme c’est le cas dans certains pays. Les élus ne doivent jamais s’adresser à des communautés autres que la communauté républicaine.

Alors que la représentation nationale s’apprête à traiter de nombreux débats bioéthiques et que ceux-ci seront sans doute de plus en plus prégnants dans les années à venir, il me parait vital qu’aucune ambiguïté ne soit laissée sur les liens qu’entretiennent chacun des parlementaires avec les divers groupes de pression. A ce titre, l’art. 38 de la loi intitulée « pour un Etat au service d’une société de confiance » qui prévoit la sortie des associations cultuelles de la liste des lobbies est une atteinte grave à la laïcité en ce qu’il donne une place particulière aux institutions religieuses dans le débat public.

Enfin, Monsieur Bonnell, ne rougissez pas des liens que vous tissez avec des réseaux militants dont les positions réactionnaires sont connues de tous : contre le mariage pour tous, contre la PMA, contre la GPA.  Vous avez tout à fait le droit d’être en accord avec eux, vous avez le droit de vous inspirer de leurs conseils et de leurs positions. Mais ne feignez pas de croire en l’absence d’un clivage politique sur l’ensemble de ces questions. A chaque fois que la question de l’émancipation s’est posée, s’opposent systématiquement un camp de l’égalité des droits et du libre choix et un camp conservateur.  Toutes les conceptions éthiques ont leur place dans le débat public, mais nier l’existence de positions antagonistes ne clarifiera pas le débat et ne permettra pas d’élaborer une législation humaniste dans laquelle l’ensemble de la société et chacun des individus pourront se reconnaître.

Jonathan Bocquet

Membre Le Poing Commun Villeurbanne