[Tribune Libre] « Laïcité, le cœur battant de la République. » Par C.Thizy

Tribune libre – « Laïcité, le cœur battant de la République. » Par C.Thizy

22/12/2017

La bougie du 112e anniversaire « officiel » de la laïcité a été soufflée il y a quelques jours. Et pourtant… Écran de fumée mémoriel ou véritable attachement de nos représentants à l’un des principes fondateurs de la République ?
À la lumière de l’actualité, un doute persiste affreusement. La création d’un « dialogue interconfessionnel » sous l’égide du ministre (d’État) de l’Intérieur, ou encore les dispositions de l’article 38 du projet de loi « pour un État au service d’une société de confiance » (autorisation de subventions de l’État à des associations cultuelles !), suscitent de vives et légitimes inquiétudes.


Surtout, l’instrumentalisation de la laïcité par des professionnels de la stigmatisation, à rebrousse-poil de la visée universaliste du concept, ou encore les tentatives de qualification de la notion, contribuent à l’affaiblissement de sa portée.
Mais le principal danger réside dans l’effritement progressif de la République, le reflux incessant du service public, la marche triomphante du néolibéralisme égoïste et individualiste, accélérant le délitement du lien social. Dès lors, des solidarités de substitution sont recherchées dans l’appartenance rassurante à des communautés (de pensée, de tradition), dont certaines refusent les principes fondateurs de notre contrat social.

Depuis près de 140 ans, la laïcité est un cœur battant de la République.
Des Lumières à la IIIe République jusqu’à aujourd’hui, cette notion, fruit d’une longue distillation, a porté l’ambition du vivre ensemble et de l’universalisme. Comment, après de terribles guerres de religion, faire société et rassembler ce qui est épars, entre ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas ?
Lorsque l’État a décidé de lui donner force de loi dans le cadre de notre République, la laïcité a été définie dans le cadre de notre triptyque originel : liberté (de croire ou non), égalité (de toutes les opinions, et donc neutralité des pouvoirs et services publics), fraternité.
Il a ainsi été un puissant ciment de fraternité, au fondement d’une fabrique très française de la société.
Rappeler ce dessein et cet héritage, redonner le sens et l’essence de cet idéal en revenant aux sources de cette philosophie, notamment dans toutes les écoles de la République, chaque jour, est de première nécessité, pour que la laïcité reste une étoile polaire de notre communauté de destin.
Répéter que face aux communautés qui, souvent, enferment l’individu, la laïcité est, à l’inverse, philosophie de l’émancipation.
C’est en martelant ce message dans tous les espaces politiques, associatifs et culturels que nous ferons vivre la flamme de l’idéal laïque et républicain.
Et afin de garantir l’universalisme du combat laïque, d’hier et d’aujourd’hui, luttons contre la tentation de figer sa déclinaison juridique, qui peut se révéler imparfaite : exceptions alsacienne et mosellane, absence de lieux de cultes adaptés pour de nombreux citoyens de la République, etc.
Ayons le courage d’une pensée en mouvement, qui évite les impensés ou les dogmes ; créons les conditions d’un débat apaisé, bienveillant, loin des calculs politiciens ; proposons des améliorations et correctifs, sans craindre le pas de côté.
Malgré son âge vénérable, la laïcité reste la clé de voûte de l’édifice républicain.
Afin que tout un chacun la fasse sienne, vigilance et pédagogie sont nécessaires au quotidien, afin d’éviter que République et laïcité ne soient reléguées au rang des utopies passées ou accessoires. Car elles garantissent notre vivre ensemble et notre épanouissement collectif.

L’attachement de tel ou tel citoyen à telle ou telle croyance, à telle ou telle religion ne saurait être pour lui ni une cause de privilège ni une cause de disgrâce. (J.Jaurès)