Mgr Emmanuel Macron Chanoine de Saint-Jean-De-Latran – Tribune libre d’Elliott Aubin

Tribune Libre d’Elliott Aubin
1er Décembre 2017 

chanoine

« L’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé. »
On se souvient de cette violente déclaration de Nicolas Sarkozy le 20 décembre 2007. Il était alors au Vatican, devant le Pape, et recevait le titre de Chanoine de Latran. « Une distinction honorifique qui revient de droit à tous les présidents français en tant qu’héritiers des rois de France »1. Emmanuel Macron vient, lui aussi, d’accepter de recevoir ce titre et a annoncé vouloir se rendre à Rome « pour en prendre possession ».

Comment pourrions-nous nous étonner d’un tel choix ?

Dès lors qu’Emmanuel Macron nommait Gérard Collomb ministre de l’Intérieur, celui-là même qui participe chaque année, à Lyon, à la cérémonie religieuse du vœu des échevins — au cours de laquelle il remet un écu d’or au Cardinal Barbarin pour le remercier de bénir la ville —, nous savions que celui-ci viendrait fragiliser le socle laïque. D’ailleurs, c’est toujours ce même Gérard Collomb qui annonçait, plus récemment, la mise en place d’une instance de dialogue interconfessionnelle entre les trois religions monothéistes, excluant ainsi la majorité des Français, qui sont athées ou agnostiques. 2

Le président de la République, en fait, remet en cause la laïcité pour tendre davantage vers une « reconfesionnalisation » de la société, inspirée des modèles anglo-saxons.

En prétendant que nombre de militants laïques considèrent la laïcité comme une « religion », E. Macron s’acharne sur une caricature.3 La laïcité met en jeu la raison pour définir un cadre commun à tous, fondé en droit, qui organise équitablement la coexistence de personnes aux convictions spirituelles diverses : humanistes athées ou agnostiques, fidèles des différentes religions. Elle vise à l’émancipation des citoyens grâce aux progrès des droits humains.
En acceptant ce titre, le président de la République pratique la discrimination à l’égard des Français qui ne croient pas au ciel. Il rompt avec le principe d’égalité qui lie les citoyens, quelle que soit leur orientation spirituelle, philosophique ou religieuse.

À toutes fins utiles, le président pourrait abroger ce déni d’égalité qu’est le concordat en Alsace Moselle et ces exceptions d’outre-mer, qui violent l’indivisibilité de la République. Il pourrait aussi cesser de financer sur fonds publics des établissements confessionnels.4 Quant à la fiscalité, il ne devrait reconnaître comme don d’intérêt commun que ce qui l’est effectivement. Enfin, il pourrait faire cesser la confusion entre le culturel et le cultuel, forme insidieuse de comportement antilaïque, couramment maniée à des fins électoralistes.

Finalement, nous pourrions attendre de celui qui préside la République qu’il soit le premier soutien de tous ces militants de l’universalisme : de ces héros de l’ombre qui se mobilisent tous les jours pour préserver les enceintes du savoir, de l’intrusion du dogme. De celles et ceux qui mènent la bataille féministe contre le patriarcat des intégristes religieux. De celles et ceux qui bâtissent l’humanisme fraternel face aux obscurantismes menaçants.

Texte publié dans le journal L’Heure du Peuple le vendredi 8 décembre.

1 : https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Pape/Emmanuel-Macron-accepte-titre-chanoine-Latran-2017-11-02-1200889025

2 : http://www.lepoint.fr/politique/collomb-veut-reunir-autour-de-lui-une-instance-de-dialogue-entre-les-religions-06-09-2017-2154849_20.php

3 : http://www.elysee.fr/videos/new-video-66/

4 : http://www.huffingtonpost.fr/2016/10/11/caroline-fourest-remet-en-cause-le-financement-public-des-ecoles_a_21578792/