Tribune Libre : « frites et république » V.Froget

Tribune Libre : « frites et république » – Vincent Froget

« Si un élève vient d’une famille où on ne mange pas de porc, eh bien le jour à la cantine où il y a des frites et une tranche de jambon, le petit ne prend pas de tranche de jambon et prendra une double ration de frites. C’est la République. La même règle et le même menu pour tout le monde. »

Cette citation de Nicolas Sarkozy est en train de faire le tour des réseaux sociaux. Quelques fois pour l’appuyer, mais vraisemblablement souvent pour être raillée.

Ainsi donc, un candidat à la magistrature suprême, membre d’un parti s’appelant « Les Républicains », réduit la République à une double portion de frites. Cette séquence de la vie politique marque à quel point la notion de République est aujourd’hui totalement galvaudée, démythifiée.

Comment la République pourrait-elle dès lors inspirer confiance, sérénité et avenir ? Surtout auprès de la population visée ici. Alors même que se pose aujourd’hui la question d’une meilleure intégration de cette communauté, la République qui devrait être une solution, devient le problème.

Il ne faut pas se leurrer, le multiculturalisme représente un véritable défi pour notre société. La question du menu des cantines n’est pas un mince problème. Faut-il pour autant remplacer Marianne par un cornet de frites ? La République n’a-t-elle rien de mieux à offrir que cette réponse démagogique ?

Cette réduction des valeurs républicaines ne date pas d’aujourd’hui. Cela fait déjà un bout de temps que la quasi-totalité du corps politique en appelle aux idéaux républicains pour défendre tout et n’importe quoi. On en rit ce jour. Il y a pourtant de quoi pleurer. Ce pays laïc dans lequel nous vivons n’a que cette seule base de valeurs communes. Si elle se trouve détruite ou moquée, le peuple n’a plus que le repli communautaire comme solution. Une double ration de stigmatisation pour les musulmans ? Tenez mes enfants, c’est la République qui vous l’offre. Il y a de quoi faire une indigestion.

Nous pouvons ainsi voir dans cette réponse, la chute du politique et de la société dans un matérialisme trivial des plus ineptes. Là où les musulmans y voient une question divine, transcendant leur condition, Nicolas Sarkozy n’y voit qu’une bête question logistique. Cela en dit beaucoup sur l’organisation du pouvoir aujourd’hui. Nos représentants politiques, ceux censés diriger la nation, en sont réduits à des questions de maintenance. Ils sont coincés dans un travail de gestion du quotidien, sans philosophie, sans vision à long terme, sans but réel. Le règne de l’immédiateté. Il n’est pas étonnant dans ces conditions que les individus se retournent vers leur communauté pour donner un sens à leur existence et ainsi pouvoir faire corps avec d’autres personnes.

Le problème soulevé par cette citation n’est donc pas mince. Le ridicule ne tue peut-être pas, mais il met ici gravement en danger le pacte républicain.

 

http://www.lesinrocks.com/inrocks.tv/nicolas-sarkozy-double-ration-de-frites-cest-republique/