Tribune libre : la compassion oui, la bigoterie non

par Katia Buisson

Quand une visite au Pape est  financée par les deniers publics, l’émotion piétine la laïcité.

Le 14 juillet dernier, la France a été une nouvelle fois attaquée par des terroristes. 180 victimes et familles de victimes de ce massacre ont été reçues ce samedi 24 septembre au Vatican par le Pape. Cette visite, qui a notamment nécessité l’affrètement de deux avions par Air France, a été organisée et financée par la municipalité de Nice.

Un élu, un représentant du peuple se doit de préserver la République et ses valeurs. C’est le fondement de notre contrat social, sans lequel nous sommes soumis à nos peurs, à nos instincts. Rompre ce pacte, c’est trahir la confiance accordée par les citoyens. Rompre ce pacte c’est défaire ce qui nous lie. La République française est une et indivisible. Elle nous permet de faire corps, de faire société.

Notre devoir est de la défendre, surtout lorsque l’on a été élu pour représenter les citoyens. La neutralité de l’État et de ses représentants en matière de religion est l’un des principes fondamentaux qui permet une liberté de croire ou de ne pas croire, d’exercer ou non un culte. Cette neutralité est donc primordiale !

Préalable à l’égalité de traitement par la puissance publique de tous les individus, elle est aussi indispensable que précaire.  Alors que nous sommes confrontés à une idéologie qui tente d’instiguer la peur, et de semer le trouble, tout ce qui la fragilise est une atteinte impardonnable à la République, à la France.

C’est pour cela qu’il est inacceptable, quel que soit le contexte, que les deniers publics servent à financer un voyage à visée « œcuménique ». M. Estrosi et la majorité du conseil municipal niçois bafouent ainsi la laïcité. Ils ont trahis la confiance des citoyens et le contrat qui nous lie.

Comment peut-on prétendre incarner la République tout en allant à l’encontre de l’un de ses fondements ? Comment peut-on ainsi contrevenir au principe de laïcité au nom de l’État français ?

Une visite privée et religieuse ne devrait en aucun cas être financée par l’argent public. Contrevenir à ce principe, c’est se montrer indigne de sa fonction, indigne de notre République. Rien, pas même la compassion, ne peut justifier cela.

L’intégrité, la rigueur intellectuelle et la fermeté devant la défense de nos valeurs sont les seules réponses que nous devons, en tant que citoyens, apporter à la terreur que certains tentent d’instaurer. Il est plus que nécessaire de se montrer digne, et de faire preuve de recul, de hauteur.