Tribune libre : Laïcité et/ou universalité ?

par Vincent Froget

La laïcité est un des repères majeurs d’une République digne de ce nom. Un état ne peut assurer la valeur d’égalité en reconnaissant une religion au détriment d’une autre ou des athées. Il réside donc dans ce principe une volonté de neutralité permettant un sentiment de justice parmi les citoyens.

Depuis quelques mois, la laïcité redevient une thématique majeure. On la voit, de-ci-delà, rajoutée au triptyque national comme si elle était une valeur. Or sa valeur, ses valeurs, ce sont celles de l’égalité (de traitement) et de la liberté (de conscience). En faire une valeur me paraît périlleux voir douteux.

À plusieurs reprises LPC a pu pointer du doigt (à juste titre) les impaires commis contre ce principe par nos élus et nos institutions. Cependant, je me sens obligé ici de mettre en garde mes camarades. En effet, la plupart des manquements à la laïcité sont produites à des fins électorales pour s’attirer les faveurs d’une communauté religieuse dans les urnes. Nous parlons en effet de clientélisme qui se trouve être un puissant levier pour gagner les élections. Tout ceci est éminemment condamnable. Il n’y a pas grand-chose de républicain là-dedans.

Cependant, est-il judicieux de faire peser le poids du communautarisme sur les élus actuels et les différentes communautés, alors même qu’ils n’y sont pour rien dans la communautarisation de la vie publique ? En effet, inspiré des anglo-saxons, notre modèle d’intégration et surtout d’éducation n’a cessé de dévier vers une plus grande reconnaissance des fractures culturelles individuelles jusqu’à reconnaître des communautés précises (ce qui est totalement paradoxal mais ce n’est pas le débat ici). Peut-être était-ce une nécessité mais nous en payons aujourd’hui le prix. Désormais, Le ver est dans la pomme et tous les éléments présents pour une division nationale sont déjà bien en place.

Il me semble alors peu judicieux de poser le problème sous l’angle de la laïcité, tel qu’elle est définie actuellement, pour plusieurs raisons :

– Si nous résolvions le problème des entorses à la laïcité, cela ne changerait pratiquement rien au véritable problème qu’est le communautarisme.

– La laïcité pose le problème du communautarisme uniquement religieux. Elle peut alors offrir un blanc-seing, notamment à gauche, pour critiquer une forme de communautarisme en continuant d’en encourager d’autres.

– Il semble de plus en plus évident que la laïcité n’est pas uniquement défendue pour ses valeurs sous-jacentes développées plus haut, mais bien parce qu’il y a une crainte du retour du religieux dans la société civile. Or si la laïcité sépare le trône et l’autel, elle ne sépare pas la foi du citoyen. Dans ce cas-là, la laïcité se teinte alors d’athéisme.

– La défense de la laïcité dévoile une crise d’autorité de l’état. Perdant pied face à une communautarisation grandissante, la laïcité sert de véritable rappel à l’ordre républicain. Terrible aveu de faiblesse sans qualité pédagogique.

Ainsi, plus que la laïcité, il me semble important de rappeler qu’une République ne peut être divisée en communauté. Que seul l’universalité garanti la cohésion dans un ensemble hétéroclite comme l’est la France multiculturelle d’aujourd’hui. Dès lors, plutôt que d’utiliser la laïcité comme outil restrictif de condamnation, j’appelle Le Poing Commun à se concentrer sur l’universalisme et à sa promotion, seul véritable élément positif et efficace contre les entorses que l’on ne cesse de pointer.