Fiche lecture – P. Dujardin, La « chose publique » ou l’invention de la politique, Chronique sociale, 2011

Plus qu’un petit recueil d’idée, le texte de Philippe Dujardin s’avance de page en page comme une fable républicaine. Comme n’importe quel conte celui-ci commence par revenir loin en arrière (il était une fois), non pas pour nous raconter l’idylle archaïque d’un prince et d’une princesse mais la relation ancestrale de l’humanité avec la « chose publique ».  Le conte du citoyen ?

Pour notre auteur, l’Homme est par nature un assembleur. Il aime et désire prendre des éléments différents et les mettre en relation pour créer quelque chose de plus grand, d’utile et ainsi progresser.

Le long des chapitres Philippe Dujardin renoue les fils de notre évolution perdue dans l’histoire. Nous avons assemblé de la matière pour bâtir des maisons et des palais. Nous avons assemblé les sons pour faire des mots puis des phrases. Mais surtout nous avons assemblé des hommes.

Cette dernière expression n’est évidemment pas sans rappeler notre assemblée nationale qui aujourd’hui nous semble bien loin de cette évidence née à l’aube des temps et qui a connu un essor intellectuel si particulier durant l’antiquité. L’agora y était devenue cet espace où les hommes réunis venaient jeter un assemblage de mot pour causer « chose publique » et prendre des décisions pour s’harmoniser.

« Cette  » harmonie-là  » , de pièce et de morceaux, de pièces et de morceaux de vie, de pièces et de morceaux d’espace, de pièce et de morceaux de temps, ils l’ont appelée  » politique  » »

Tout l’intérêt de ce livre se trouve ici: rappeler l’évidence et la nécessité de la république, de cette volonté de vouloir s’unir avec les autres dans l’intérêt de tous.

Bien sûr, créer une unité avec des êtres humains différents, autonomes, n’est pas sans problème. Philippe Dujardin n’oublie pas de les étayer car si l’homme aime assembler, il aime aussi diviser. Que ce soit en se mettant au-dessus des autres (tyrannie) de manière individuelle ou collective (aristocratie, oligarchie) ou en se séparant de l’autre et refuser de l’entendre (guerre civile).

Entendre, un mot à ne pas confondre avec entente, car une définition d’une population républicaine pourrait être :

« Ils ont le droit d’être d’accord sur leur désaccord.»

Et lorsque nous n’entendons plus l’autre, que ce soit volontaire ou involontaire, le dialogue, le débat, en un mot le politique n’est plus possible et nous revenons alors à notre nature primaire violente.

Ce livre représente donc un rappel salutaire des fondamentaux républicains : le dialogue, l’humilité, la projection, le rassemblement et la participation. Autant d’idéaux qui nous paraissent quelquefois éloignés de notre univers quotidien de concurrents et de consommateurs et qui nous invite à retrouver notre statut de citoyen.