Communiqué : Déchéance de nationalité ou déchéance de la politique ?

Déchéance de nationalité ou déchéance de la politique ? – 16/02/2016

L’onde de choc des attentats du 13 novembre traverse encore aujourd’hui la politique française, avec la volonté d’inscrire dans la Constitutions des mesures dont une nous paraît particulièrement discutable et révélatrice de l’état de la politique française : la déchéance de nationalité pour les citoyens condamnés pour terrorisme.

Cette mesure est en effet passée tout près d’un symbole désastreux d’un point de vue républicain : elle devait à l’origine n’être applicable qu’aux binationaux, ce qui signifie que parmi ceux qui sont reconnus comme citoyens français, tous n’auraient pas été égaux en droits, certains pouvant être sanctionnés plus sévèrement que d’autres pour un même crime suivant qu’ils ont une autre nationalité ou non, et ce alors que la binationalité n’est pas toujours un choix ! Ce ne sera finalement pas le cas, elle devrait s’appliquer à tous, ce qui d’ailleurs risque de poser des problèmes juridiques, mais soit.

En tant que républicains, nous considérons pourtant qu’il n’y aurait rien de choquant à priver les terroristes de leurs droits civiques et politiques, la citoyenneté se fonde pour nous sur l’adhésion à un projet commun qui est la République et pas sur le sang ; mais alors pourquoi ne pas simplement recourir à la peine d’indignité nationale, qui existe déjà et nous épargnerait toutes ces complications ? Et pour commencer, en quoi déchoir de leur nationalité des gens qui haïssent la France pourra-t-il lutter contre le terrorisme ? Cette mesure est en vérité tristement révélatrice d’une politique de plus en plus inféodée à la communication, qui n’est plus destinée à être efficace mais à rassurer. Il faut répondre à l’émotion, et tant pis si c’est avec des mesures inutiles voire dangereuses d’un point de vue républicain.

Nous appelons donc à se méfier de mesures qui ne servent qu’à sauver les apparences, à ne pas cesser d’y réfléchir et d’en débattre sous prétexte que l’on prétend qu’elles serviront à lutter contre le terrorisme -pour ne pas dire sous prétexte de sondages favorables ! Plutôt que cette mascarade, nous appelons à réfléchir en profondeur sur les moyens que l’on donne à la puissance publique aujourd’hui pour faire face au terrorisme, par exemple en terme de personnel, et sur les causes qui ont favorisé le développement de ce terrorisme, car on ne peut combattre ce que l’on ne comprend pas.

Le Poing Commun