TRIBUNE LIBRE – Faut-il sauver la république?

Par Vincent Froget – Fevrier 2016

 Que les lecteurs du Poing commun ne s’inquiètent pas, il s’agit d’un titre rhétorique car la vraie question est : Faut-il sauver la république ou la république doit-elle nous sauver ?   Front républicain, sursaut républicain, à en croire la phraséologie médiatique, notre bonne vieille république est menacée. On lui donnera difficilement tort. Des français tuent d’autres français, relançant de plus belle la fracture entre les différentes composantes du corps social. Fracture qui se retrouve dans les mots, dans les attaques lancées contre certaines communautés et évidemment dans les scores de l’abstention et du Front National.

Conséquemment, nous avons peur évidemment, pour l’avenir, pour nos enfants et égoïstement pour nous-même. On regarde l’évolution depuis 10 ans et on se dit : « Hé merde qu’est-ce que ce sera dans 10 ans encore ? » Nous n’avons pas tort.

Cependant, cette peur nous fourvoie, par son effet psychologique, personnel et par la manipulation que peuvent en tirer nos dirigeants politiques.Ainsi depuis le 13 novembre, le gouvernement se croit permis tous les excès. Il faut sauver la république, son universalisme, ses valeurs. Et pour cela, tous les moyens sont bons :

-Etat d’urgence utilisé pour tout et n’importe quoi, comme l’arrestation d’opposant écologiste à la COP21

-Question sur la réouverture de Cayenne, notre Guantanamo français

-Question sur l’incarcération préventive des fichés S, Minority Report nous voilà.

-Surveillance sans aucune restriction des réseaux sociaux

-Renoncement à la proportionnelle, une des promesses de campagne de Hollande, pour éviter de donner trop de siège au FN.

Il s’agit pourtant d’une erreur dramatique, la république n’est pas un fruit fragile, une conclusion miraculeuse.  C’est une racine, un socle. Comme me l’a rappeler l’un de mes amis, l’état d’urgence n’est pas là pour protéger les français ou la France mais ses institutions. Et c’est bien de cela qu’il s’agit : Nous confondons la république et ce qui peut découler d’elle ; ici l’état, le pouvoir, ses représentants.

Or je vais faire preuve de beaucoup d’optimisme. Dans le cœur des français, là où les racines de la concorde nationale tirent ses ressources, le sentiment républicain va bien. Les abstentionnistes ne le sont pas par mépris mais au contraire par amour pour leur liberté de décision. Ils ne font simplement plus confiance à des élus les trahissant. Le vote front national est un vote de plus en plus d’adhésion mais à quoi exactement ? Au « dehors les arabes » ou à une volonté de repli stratégique face à la grande machine à broyer l’humain que représente le mondialisme capitaliste ? Il faut être honnête, c’est un peu des deux. Mais les discours antimusulmans des ex-UMP ne séduisent pas autant.  Voyez-y une réponse en creux.

Restent nos terroristes, nos propres enfants de l’école républicaine. Pourquoi se sont-ils retournés contre nous et contre eux-même dans une sorte de suicide? La République les a-t-elle trahis ? Ou s’agit-il de ses représentants et de ses maillons institutionnels ?

En réalité, la République, comme idée, comme projet, peut difficilement trahir. Si les valeurs républicaines aboutissent à une trahison du peuple, c’est que quelque part, dans la grande machine étatique quelqu’un a d’abord trahi cet idéal.

Ainsi, il n’y a pas à faire renouer le peuple français avec la République. Pratiquement personne n’est aujourd’hui monarchiste, fasciste ou oligarchiste. Tous nous avons comme souhait un pays apaisé, un pays dans lequel le politique se charge du bien commun, un pays où les ligues de défenses communautaires ne seront plus nécessaires.

Il faut donc faire appel à ce sentiment de bienveillance que nous avons chacun en nous pour porter sur la scène publique, dans l’agora quotidien, cette énergie salvatrice. Il faut que ce sentiment de générosité sorte. Il doit retrouver le terrain de la praxis.

C’est pour cela que la République n’est pas à sauver mais va nous sauver. Ce désir de justice, de liberté, de fraternité qui brûle encore dans nos tripes, doit se reverser. Et il ne faut pas attendre de mot d’ordre, d’un parti ou d’une association. Se comporter en citoyen, c’est une action permanente au sein de la communauté humaine.

Aucune barrière au monde n’a jamais empêché un attentat ou une guerre qui plus est civile. Ce qui empêche la guerre, c’est la force.  Et là toute première des forces, bien avant celle militaire ou économique, c’est la force de cohésion.

On parle souvent du conseil national de la résistance comme exemple de cette cohésion improbable. Cependant cette assemblée farfelue a tenu dans les temps les plus chaotiques de notre pays la bride du sentiment d’appartenance à une communauté.

Au-delà des manifestations grandiloquentes du 11 janvier ou des lumignons en mémoire aux victimes du 13 novembre, les réactions spontanées de mes concitoyens m’ont fait chaud au cœur comme la veille le 9 janvier 2015 au soir place des Terreaux.

Bien sûr, tous ces beaux élans sont par la suite entachés par de mauvais réflexes et par les différentes instrumentalisations. Cependant, si une seule chose doit ressortir de positif de cette année 2015, c’est le constat encourageant : Non, le citoyen conscient de la destinée commune n’est pas mort. Peut-être est-il même en train de renaître après un long hiver d’aveuglement par la consommation et la passivité.

Surtout méfiez-vous des « sauveteurs » de la République qui jouent en ce moment au classique pompier pyromane.