La République : un rempart contre la désagrégation de la société.

Par Thibault Mordraal – 22 Juillet 2015

Faire de la République un enjeu peut aujourd’hui paraître un anachronisme : tout l’échiquier politique n’est-il pas censé s’être rallié à elle depuis la disparition des monarchistes ? La République n’est-elle pas un mot invoqué aussi bien par l’UMP, le PS, le Parti de Gauche et même parfois par le FN, au point que l’on peut n’y voir qu’un mot vide de sens ?

Pourtant, si je m’engage au Poing Commun, c’est bien parce que j’estime que le projet républicain est toujours quelque chose à construire, et même quelque chose de plus en plus menacé : la République, c’est la chose publique, celle qui appartient à tous, celle qui n’exclut aucune catégorie sociale ; la République, c’est un système dans lequel les décisions se prennent au nom de tous, pas d’un clan, d’une fraction de la société. Or l’exclusion ne fait que progresser : le cinquième régime à se revendiquer comme une république en France a vu la politique devenir l’apanage d’une poignée de professionnels issus de la noblesse d’État ou des professions libérales ; le débat d’idées entre les citoyens est dorénavant soumis à la tyrannie de l’audience ; la plupart des partis politiques gèrent la France non pas comme un peuple uni mais comme un ensemble de communautés à défendre, on défend les musulmans, les chrétiens, les juifs ou les athées, les hétérosexuels ou les homosexuels, les blancs ou les non-blancs, les hommes ou les femmes et ainsi de suite.

On a privatisé la politique, et nombre de partis qui se revendiquent comme républicains y ont participé ! Pareille évolution nous mène tout droit à ce que Jacques Généreux appelle « la dissociété », c’est à dire une société qui travaille à dresser les individus et les groupes les uns contre les autres plutôt qu’à les rassembler. Nous avons pourtant tous des identités différentes, le communautarisme est un fantasme : ce qui peut et doit nous rassembler, c’est ce que nous voulons construire ensemble, c’est un projet et non une identité, c’est ainsi que nous avons historiquement pensé la nation en France !

Face à cet engrenage, lui-même enclenché par une suite d’évolutions économiques et sociales, il y a urgence à rappeler ce que doit être la République : un rempart contre la désagrégation de la société. Il faut alors nous réapproprier ce mot : on l’utilise aujourd’hui pour exclure et figer, quand il doit au contraire inclure quiconque veut y participer pour réfléchir ensemble aux évolutions. À l’instar de la laïcité ou du socialisme, c’est un mot que l’on a vidé de son sens. La chose n’est pas nouvelle : au dix-neuvième siècle, déjà, certains ont pensé la République sans se rendre compte qu’ils en excluaient les franges les plus pauvres de la société ou les femmes.

Il importe donc de réfléchir ensemble à la République que nous voulons et à la façon dont nous devons la défendre ; cela peut se faire dans le cadre de partis politiques et je suis moi-même militant du Parti de Gauche, mais les partis portent des projets globaux et sont, parfois malgré eux, soumis aux impératifs de la lutte électorale, aussi une association visant à cette réflexion précise peut-elle être plus efficace, avec pour objectif de remettre le débat et la réflexion à leur place, au centre de la politique.

C’est pourquoi je veux soutenir l’action du Poing Commun.

Thibault Graindorge