Lancement LPC Villeurbanne !

Communiqué de presse 8/12/17

villeurbanne

A l’occasion du 112ème anniversaire de la loi du 9 décembre 1905, dite loi de séparation des églises et de l’Etat, le Poing Commun, association de défense et de promotion des fondamentaux républicains annonce la création d’une antenne villeurbannaise. Comme les autres antennes, elle sera étroitement liée à l’association « mère » mais assurera ses propres événements et groupes de travail en lien avec son territoire.

Parmi les membres de l’antenne villeurbannaise, on comptera Jonathan Bocquet, Olivier Glück, Pascal Merlin et Mathieu Soares, tous les quatre élus municipaux, Laurent Legendre, candidat à la dernière législative, mais aussi et surtout des citoyens d’horizons divers, encartés ou non. La volonté reste la même : réunir au-delà des clivages partisans des personnes qui se retrouvent autour de l’idéal républicain, le dénominateur commun de leurs engagements.

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(Cycle Thématique) « Haro sur le travail ! » par V.Joly et J.Sallembien

Contribution de Virgile Joly et Jonas Sallembien dans le cadre du cycle thématique sur le travail.

Haro sur le travail !

Quelles incompréhensions ? Quels mésusages ?

 

Les méthodes de production modernes nous ont donné la possibilité de permettre à tous de vivre dans l’aisance et la sécurité. Nous avons choisi, à la place, le surmenage pour les uns et la misère pour les autres : en cela, nous nous sommes montrés bien bêtes, mais il n’y a pas de raison pour persévérer dans notre bêtise indéfiniment.[1]

 

Travail et emploi, une confusion des genres

Pourquoi travaillons-nous ? Quelle utilité tirons-nous de notre travail ? Alors que seul le travail rémunéré semble être valorisé, nous nous rendons compte au quotidien que notre travail prend de multiples formes : notre emploi, nos engagements familiaux, associatifs, politiques, nos loisirs. De toutes ces activités, nous en dégageons une utilité qui peut être directe (faire son potager) ou indirecte (télémarketing rémunéré). Assez rapidement, le travail apparaît dans sa multiplicité, et la valeur d’utilité qui lui est associée s’oppose bien souvent à la valeur économique qui lui est attribué. Nous dénoncerons ici la confusion sémantique insidieusement orchestrée entre les notions de travail et d’emploi. Nous redonnerons ainsi sa pluralité au concept de travail en présentant et en interrogeant la diversité de ses aspects. Ainsi dissocié de l’emploi, le travail appelle à être réinvesti, notamment dans ses dimensions les plus enrichissantes. Réduire le citoyen à un simple travailleur totalement aliéné à son emploi sape les fondements d’une République authentique dont la condition de légitimité est l’existence de citoyens impliqués dans la vie de la cité. Son pendant serait un Etat réduit à ses fonctions régaliennes, soumis aux dictats de l’économie libéralisée. Il apparaît alors urgent de se libérer de la mainmise du pouvoir économique sur la décision politique en permettant à chaque travailleur de se réapproprier son rôle de citoyen.

En quoi la réduction du travail à l’emploi prive-t-elle le citoyen de sa capacité à participer à la vie de la cité ?

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Travail, le Grand Entretien : Jean-Jacques Gury et Thierry Rochefort

JeRochefort Guryan-Jacques Gury a travaillé comme correspondant de la cellule anti-blanchiment d’argent du ministère des Finances, et publie son premier livre, « Le coup d’État milliardaire » (éd. Utopia, 2017).
Thierry Rochefort est universitaire et sociologue, spécialiste des conditions de travail.
Ils sont les invités du Poing Commun pour son grand entretien, qui vient clôturer son cycle thématique sur le travail.

 

Paul Sylvestre (PS) : Pourriez-vous vous présenter en quelques mots, et parler de votre expérience personnelle sur le thème du travail ?

Jean-Jacques Gury (JJG) : Peut-être que je vais me contenter de lire ce qu’on dit sur moi, comme ça ce sera objectif, même si c’est nécessairement orienté (rires). Les éditions Utopia (où JJG publie son dernier livre [NDLR]) me présentent ainsi : « juriste de formation, JJG a travaillé pour une filiale financière d’un groupe international d’assurances, notamment à l’Inspection générale comme correspondant de la cellule anti-blanchiment d’argent du ministère des Finances.
Proche du collectif Roosevelt, il est membre d’ATTAC et du Groupe de Réflexions et d’Actions Métropolitaines : le GRAM.
Interrogateur de systèmes, il a l’art de les décortiquer pour en simplifier l’approche dans une pédagogie captivante ». C’est élogieux, mais je n’allais pas m’en priver !

PS : C’est un beau parcours, merci beaucoup ! Et vous monsieur Rochefort ?

Thierry Rochefort (TR) : Je suis à la fois un universitaire sociologue du travail et des organisations, mais également un praticien sur ces questions, puisque j’ai été pendant une quinzaine d’années membre de l’ANACT (Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail), et qu’aujourd’hui j’interviens au sein d’une grande entreprise sur les questions de prévention des risques psychosociaux, burnout et conditions de travail en général.
Sur le plan politique, je suis secrétaire national du MRC sur les questions travail et emploi et je viens de fonder avec des amis — Damien Durez et Jerôme Maucourant notamment — le cercle Nation et République sociale.

JJG : C’est très complémentaire, tout ça !

PS : Que vous inspire, dans la réforme du Code du travail, le recours aux ordonnances par le gouvernement Macron ? Est-ce réellement un moyen pour l’exécutif d’aller vite, comme l’a dit le Premier ministre en mai, ou est-ce le signe d’autre chose ?

JJG : Effectivement, on ne peut pas dire que ça ne va pas vite. Cette procédure est une procédure accélérée, qui a court-circuité à la fois le Parlement, l’opposition, les amendements qu’il aurait pu y avoir s’il y avait eu une discussion classique, et donc les améliorations probables ou les orientations différentes. Mais on va dire que si la procédure avait été différente, le résultat aurait été le même.

Je considère que c’est une péripétie. Pourquoi ? Ces ordonnances avaient pour but d’amender le droit du travail pour essayer d’améliorer l’emploi. Or, le chômage de masse, c’est la différence entre le nombre d’emplois qui sont proposés et le nombre de personnes qui veulent travailler, ou qui sont à la recherche d’un emploi, ou qui travaillent. C’est une différence arithmétique. Et ce n’est pas la modification du Code du travail qui va changer quelque chose sur le nombre d’emplois ou le nombre de personnes qui veulent travailler ! C’est comme si le Code pénal créait des délinquants ! Le Code du travail ne crée pas le chômage.

C’est une péripétie, parce qu’il faut bien savoir que le chômage n’est pas une fatalité qui arrive à un moment donné dans l’évolution normale de la société, c’est un système qui a été mis en place par la politique néolibérale développée depuis 35 ou 40 ans. Tant qu’on suivra cette politique, on sera dans un chômage de masse. Ce ne sont pas quelques changements, quelques modifications ou quelques améliorations du droit du travail qui feront qu’on  aura plus ou moins de chômeurs.

PS : Et vous, Thierry Rochefort, rejoignez-vous monsieur Gury dans cette analyse ?

TR : Oui, globalement c’est ça qui se joue. Mais je vais m’efforcer d’être un peu plus précis sur les ordonnances et sur leur contenu. C’est une péripétie au sens global, historique, de la tendance de fond. Mais je dirais que le mouvement ouvrier et les forces syndicales perdent, à l’occasion de la mise en œuvre de ces ordonnances, des points d’appui extrêmement importants.

Au fond, on tire un trait à la fois sur 36, 45 et 81. Ce n’est quand même pas rien. Donc pour moi, ce n’est pas une péripétie au regard des acquis du mouvement ouvrier. 1936 : les délégués du personnel. 1945 : le comité d’entreprise (CE). 1981 : le CHSCT (Comité Hygiène et Sécurité au Travail [NDLR]). En l’espace d’une réforme, on tire un trait sur des acquis fondamentaux du mouvement ouvrier, qui étaient des points d’appui en matière de revendications sociales. On prétend simplifier les instances, on risque surtout avec la nouvelle instance fusionnée d’éloigner encore plus les élus du terrain.

Ce qui me paraît le plus grave avec ces ordonnances, c’est l’affaiblissement de tous les dispositifs en matière de prévention de santé au travail, dont on sait par ailleurs que c’est une question-clé pour la société française. Le travail physique et les contraintes physiques n’ont pas du tout disparu. Il ne faut pas être happé par les images médiatiques du virtuel. Il y a beaucoup de travail physique extrêmement dur, notamment dans la logistique, le bâtiment et l’agroalimentaire.

La question des cadres, en surcharge de travail, et qui basculent dans le burnout, est également un phénomène de masse. On estime aujourd’hui qu’il y a à peu près un million de personnes exposées. Les organisations syndicales disposaient avec le CHSCT d’un point d’appui très important. Les réformes actuelles vont éloigner les représentants du personnel du terrain au
moment où les transformations du travail s’accélèrent. Il aurait été plus utile de proposer des études d’impact sociales et humaines, à l’occasion des projets de changement qui ont pour vocation d’associer les salariés aux évolutions organisationnelles de l’entreprise.

Par ailleurs, et cela rejoint la question du chômage, je pense que ces ordonnances donnent un signal que l’entreprise — elle ne n’a jamais été totalement — sera de moins en moins une communauté productive, et de plus en plus un lieu de simples échanges, de contrats et de marchés. Cela signifie qu’en cas de difficultés, en cas de retournement de marché et en cas de baisse de commandes, la solution qui s’impose, ça va être le licenciement. Or, des alternatives existent : l’aménagement du temps de travail, le chômage partiel, la polyvalence qui évitent de rompre le contrat en périodes de difficultés et de perdre des compétences. Une entreprise pour fonctionner a certes besoin de capitaux, mais elle a surtout besoin d’intelligence collective, de capacités d’innovation, de confiance entre ses différentes parties prenantes.

PS : Pourtant, le gouvernement lui-même parle de « flexisécurité », et  revendique le fait qu’il faut être souple, qu’il faut être flexible, tout en ayant quelques garanties. On a l’impression d’être dans une logique de simplification, et pas de suppression d’instances représentatives de délégués de personnel. On a l’impression qu’on n’est pas dans une logique de licenciements, mais de flexibilité.

Est-ce que tout cela n’est qu’un discours ?

JJG : Non, pour moi le débat de fond n’existe pas. La péripétie était la technique employée pour faire la loi, pour faire passer la loi, mais pas sur le fond des sujets traités, bien évidemment. Le fait qu’on facilite les licenciements : c’est un grand mystère de savoir comment à partir de cette
mesure on va créer des emplois. C’est quand même aberrant. Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que la presse en général est assez peu dans un processus
d’analyse complète du phénomène. Pourquoi ? Parce que c’est cette presse qui a porté l’actuelle majorité au pouvoir, pour l’essentiel. Et cette majorité s’est portée au pouvoir sur ce type de proposition. La presse est un peu entre le marteau et l’enclume, d’avoir porté Macron, d’avoir supporté toute sa campagne, et ensuite de se retrouver à devoir analyser des mesures
arithmétiquement et de façon concrète.

Les économistes eux-mêmes, qui ne sont pas étrangers à tous ces phénomènes, et qui les analysent, on les présente comme des économistes. Mais pour l’essentiel, à part quelques-uns heureusement, ils sont porteurs de cette politique néolibérale, de cette politique de chômage de masse qui crée un rapport de force. C’est pourtant ce rapport de force qui va influencer la
répartition des richesses. Ce rapport de force, on va encore le déséquilibrer en affaiblissant les protections des salariés. C’est un non-sens total, et bien sûr les ordonnances n’ont pas permis cet échange, n’ont pas permis ce dialogue, n’ont pas permis à cette contradiction de s’exprimer correctement, sereinement, tranquillement, et suffisamment longtemps pour marquer les esprits de ceux qui ne sont pas au courant de toutes ces choses-là. Ça a été une tactique qui a été payante à court terme, mais qui s’inscrit dans un processus à long terme.

TR : Pour ajouter un point, il y a un sociologue polonais, Zygmunt Bauman, qui évoque une notion qui permet de comprendre ce qui est en train de se jouer, c’est la notion de « société liquide » : il n’y a plus aucun lien d’appartenance avec une durée forte, il n’y a plus de verticalité, d’institutionnalisation, y compris dans les rapports sociaux, ce qui est très grave y compris du point
de vue du chef d’entreprise, du point de vue de l’industriel — que j’oppose au financier.

L’entreprise disparaît. Elle n’est qu’un nœud de contrats qu’on noue et que l’on dénoue en fonction des situations, comme sur un marché d’actions. Or la production de richesse, le travail, cela nécessite de la coopération, de la stabilité, de l’apprentissage, d’autant plus qu’on rentre dans une société de la connaissance. Et là il y a une contradiction majeure entre ce besoin d’institutionnaliser la relation au sein de l’entreprise, et le fait de voir l’entreprise comme un nœud de contrats.

JJG : Tout à fait. Zygmunt Bauman est cité dans mon livre, « Le Coup d’État milliardaire » : « Les riches font-ils le bonheur de tous ? » Il a une analyse sociologique profonde qui est très porteuse, et je vous rejoins sur ce sujet.

PS : Ce que vous dites fait penser à des exemples assez précis, et il y a des entreprises qui sont un peu les fers de lance, ou symbolique de la politique gouvernementale, ou en tout cas de ce qu’on imagine parfois comme le travail de demain : Uber, Foodora, les coursiers, les travailleurs indépendants qui sont rattachés individuellement à leurs entreprises. On retrouve cette idée de société liquide là-dedans.

TR : On est en train d’inventer des nouveaux prolétaires, quand même. Aujourd’hui, dans les conditions réelles de travail d’Uber, pour toucher l’équivalent d’un SMIC, il faut faire 82 heures. Voilà la société qu’on nous promet.

PS : Je reviens sur un point qui a été abordé : le chômage. On aborde souvent la question du travail à travers le chômage : 3,5 millions de chômeurs en catégorie A, B, et C, fin septembre 2017 d’après l’INSEE. Quelles pistes préconisez-vous pour s’y attaquer ? Quels sont les verrous qu’il faudrait faire sauter ?

JJG : C’est un sujet qu’on ne peut pas évoquer comme ça, en deux mots. Si l’on est dans cette situation, c’est à cause d’un système. Le but du néolibéralisme, ça a été de sortir de ce qu’on a appelé les Trente Glorieuses qui avaient été mises en place après la guerre, avec des références qui se rattachent à une vision keynésienne de la société, et qui ont permis la reconstruction suite à la guerre, en remettant l’homme au cœur de la préoccupation, et non pas l’entreprise. Selon les accords de Philadelphie du Bureau International du Travail, maintenir la paix passe par la justice sociale. S’il y a eu Verdun, s’il y a eu Hiroshima, c’est parce qu’en temps de guerre on n’a pas respecté les individus, mais on ne les respectait pas non plus en temps de paix. C’était dans la continuité, ce n’est pas arrivé de nulle part. Avant les accords de Philadelphie, l’homme était une marchandise, une matière première. Tout d’un coup, on fait basculer la vision qu’on avait du travail, et ça a été les Trente Glorieuses. Ensuite, il y a eu un nouveau basculement dans les
années 1970-1980. Ce basculement, ça a été l’arrivée du néolibéralisme, avec Margaret Thatcher, avec Reagan, avec la Communauté Économique Européenne par la suite. Pourquoi ça s’est passé ? Ça s’est passé parce qu’il y a eu un développement important de l’inflation. L’inflation a fait que la croissance, qui permettait de répartir la richesse entre une rémunération du capital et une rémunération du travail, a été rognée. Cette croissance n’a plus permis d’opérer des répartitions comme par le passé. L’origine en est la crise du pétrole, qui a poussé l’inflation jusqu’à 14-15 % alors qu’elle était de 3, 4 ou 5 %. Elle n’a plus permis au capital et aux salaires de se rémunérer en même temps.

Qu’est-ce qui a mis ça en place ? Ceux qui avaient le pouvoir de monnayer des politiques nouvelles, des politiciens nouveaux : les milliardaires, les multinationales. Le seul pouvoir permanent, depuis tout ce temps, c’est l’argent. Tout le reste, ça a bougé, mais le pouvoir de l’argent est resté intact. C’est Thomas Piketty qui développe dans son livre (Le Capital au XXIe siècle [NDLR]) que les patrimoines privés ont été multipliés par deux depuis 1950. À l’époque, cela représentait deux à trois fois le PIB de la France, et dans les autres pays européens c’est pareil, et aujourd’hui c’est cinq ou six fois. Les patrimoines privés, nets de dette, ont été multipliés par deux pendant que les salaires perdaient 10 % du PIB. C’est-à-dire que la part des salaires est passée
de 73 % — ça a été son maximum dans les années 70, 80 — à 63 % aujourd’hui. 10 % de 2000 milliards, le PIB de la France, c’est 200 milliards par an qui échappent aujourd’hui aux salariés et aux salaires. Ce n’est pas perdu pour tout le monde, parce que le capital a été multiplié par deux.
Le chômage s’est installé parce que l’augmentation de la productivité et l’augmentation de la population active — l’entrée des femmes sur le marché du travail, par exemple —, ce sont deux courbes. Par le passé, l’écart entre ces deux courbes était régulièrement comblé par une diminution du nombre d’heures travaillées individuellement. Aujourd’hui, on travaille à mi-temps par rapport à nos arrières grands parents. Nos arrières-grands-parents travaillaient dix-sept heures par jour ! Ils n’avaient pas le choix : c’était l’exode rural, c’était à prendre ou à laisser. Aujourd’hui, on a divisé par deux. Et, tout d’un coup, on a arrêté de diminuer la durée du travail pour créer une
demande qui soit supérieure à l’offre, et donc un rapport de force qui pèse sur les salaires : 10 % de moins en 40 ans ! Au profit de qui ? Au profit des grands possédants — multinationales et milliardaires — qui eux ont doublé leurs patrimoines.

Donc aujourd’hui, quel est le verrou à faire sauter ? C’est celui-là ! C’est le verrou du néolibéralisme, qui ne veut pas accepter que le rapport de force se modifie, qu’on laisse la part des salaires revenir à ce qu’elle était par le passé, que l’ascenseur social joue. À l’époque, si l’on n’était pas content, on pouvait aller voir ailleurs. Aujourd’hui, si l’on n’est pas content, on reste où l’on est, même si l’on a des conditions médiocres, parce qu’ailleurs il n’y a rien à voir. C’est ce verrou qu’il faut faire sauter.

C’est vrai que les 35 heures ont laissé un très mauvais souvenir, mais pourquoi ? Parce que la presse, parce que les économistes néolibéraux, n’ont cessé de taper dessus. La réalité, c’est que les 35 heures, même si elles n’ont pas été ficelées correctement, ont quand même créé 350 000 emplois ! Ce sont des rapports — rapport parlementaire, rapport de l’IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales [NDLR]) — qui le disent. Aujourd’hui, on reste avec l’idée que réduire le temps de travail ne permet pas de réduire le chômage à cause du mauvais souvenir des 35 heures. C’est l’un des verrous à faire sauter pour revenir à une notion normale du travail, que la République doit donner à ses enfants pour vivre normalement en société : avoir un travail, se marier, avoir un logement, des enfants. Si l’on va encore aujourd’hui dans un sens de productivité plus aigu — la robotisation, l’automatisation, l’informatisation —, on aura besoin de moins de monde pour créer la même richesse, voir des richesses supérieures. Donc soit on réagit en adaptant ces deux courbes, soit on laisse faire. Et si on laisse faire, on va avoir une société qui va être fracturée entre ceux qui vont générer une rémunération et ceux qui ne le pourront pas. C’est la catastrophe qu’il faut éviter et ce sont les verrous qu’il faut faire sauter, dans les esprits d’abord, et ensuite sur le terrain, pour qu’on revienne à la possibilité du plein emploi comme dans les années 1970. Il y avait 300 ou 400 000 demandeurs d’emploi, mais c’était sur une courte durée,
ce n’étaient jamais les mêmes, et ça fonctionnait très bien.

TR : J’aurais une vision un peu différente, même si l’on est d’accord sur beaucoup de constats. Il me semble qu’une de nos principales difficultés aujourd’hui, c’est la définition qu’on a de l’entreprise. En effet entre la financiarisation globale et le chômage, il y a toute une série d’actions, de décisions et d’institutions très concrètes. Pour l’économiste François Perroux, l’institution cardinale du capitalisme est l’entreprise. Or, l’entreprise aujourd’hui est uniquement polarisée vers les intérêts des actionnaires. On parle d’entreprise, mais, en droit des sociétés, l’entreprise n’existe pas. Ce n’est que la société de capitaux. L’enjeu majeur, c’est de redéfinir le statut de l’entreprise pour donner notamment aux parties prenantes, et notamment à la partie prenante salariale un contre-pouvoir, ne serait-ce que l’équivalent de ce qui peut exister en Allemagne. Le sociologue Daniel Bachet travaille depuis de nombreuses années sur ces questions.

Deuxième élément dans le tableau : on ne peut pas faire l’impasse, dans les causes du chômage, sur la mondialisation et la mise en concurrence de tous les salariés, avec la logique des bas coûts et la logique que nous avons, ni à l’échelle européenne ni à l’échelle française, des écluses écologiques ou sociales permettant d’égaliser les conditions de concurrence. Le développement du travail détaché, c’est chaque année 300 000 personnes qui perdent leur emploi. Le fait que la France n’ait aucun protectionnisme est aussi un élément très destructeur. Et j’ajouterai à ce tableau, le problème que pose depuis 1992 l’instauration de la monnaie unique, l’instauration de l’euro ! Il plombe notre économie dans un écart de compétitivité considérable avec l’Allemagne. L’euro n’a servi que l’économie allemande. Il n’a pas servi l’économie française.

Donc je pense qu’il y a là aussi des verrous à faire sauter.

Parce qu’on a l’euro, on est depuis les années 1980 — 1990 dans une logique de baisse de coût du travail et d’exonération des cotisations sociales sur les bas salaires pour compenser la surévaluation de la monnaie. C’est une véritable trappe qui enferme les non qualifiés dans les bas-salaires, et qui tire toute l’économie vers le bas. La focalisation sur le coût du travail nous a fait perdre de vue l’essentiel : le besoin d’emplois qualifiés, le renouvellement des compétences, la fierté du beau travail. La haine des classes dirigeantes françaises contre l’industrie et le « produire en France » fait que notre pays manque cruellement de polisseurs dans les chantiers navals, de chaudronniers dans le nucléaire, d’électromécaniciens dans la métallurgie.

JJG : C’est un rapport : le rapport entre les pertes d’emplois liées à la productivité dans l’industrie, et les pertes d’emplois liées aux délocalisations est de 80/20. Il y a 80 % des licenciements qui sont liés à l’augmentation de la productivité, et il y a 20 % qui sont liés aux délocalisations. Ça n’enlève rien au fait que l’euro est surévalué par rapport au franc, qui est surévalué par rapport au mark de l’époque. Et ne parlons pas de l’ex-monnaie grecque ! La situation de nos amis grecs est bien plus catastrophique que chez nous.

Ceci étant dit, la macroéconomie que je développe dans mon livre s’inscrit tout à fait dans vos propos que je considère tout à fait complémentaires, et même indispensables pour ne pas imaginer que seules les grandes masses comptent, alors que l’entreprise pourrait se dissoudre.

TR : Absolument. Et je voudrais ajouter qu’une des causes du chômage, c’est précisément que l’entreprise est devenue un pur actif financier, et qu’aujourd’hui elle est dévitalisée par le fait que l’investissement ne repart pas. L’investissement est atone. Il y a une part beaucoup trop importante
versée en dividendes, au détriment de l’investissement productif.

Quand on veut défendre l’emploi, il faut en même temps défendre une vision de l’entreprise rénovée, d’une entreprise partenariale qui permet de limiter le pouvoir des actionnaires et des logiques financières à court terme.

JJG : Il faut que l’intérêt général prime sur l’intérêt des particuliers ! Et il faut que ce soit l’intérêt général qui définisse la répartition de la richesse produite, et que ce ne soit pas au contraire un retrait de l’État permanent. Et l’on ne parle pas de l’épicerie ou de la boutique ! Si l’on a aussi un verrou à faire sauter, c’est celui d’utiliser deux mots différents. Quand on parle d’« entreprise », on ne sait pas de quoi l’on parle.

TR : Bien sûr !

JJG : L’entreprise, c’est à la fois Total, Sanofi et Bouygues, et c’est aussi ce bar (où nous enregistrons l’entretien [NDLR]) : c’est aussi une entreprise ! On met tout le monde dans le même sac, alors qu’il est impensable que les préoccupations soient les mêmes.

Il est vrai que, le plus souvent, les propos sont orientés vers les multinationales, vers les milliardaires qui décident tout, vers les dirigeants qui se goinfrent. Ce sont des entreprises qui sont plus des entreprises du CAC 40 qu’autre chose. Il est vrai que la terminologie du mot ne permet pas cette différence. Une toute petite entreprise, un artisan, un commerçant, c’est une entreprise aussi ! Donc attention à les dissocier, car les préoccupations ne sont pas du tout les mêmes.

D’ailleurs, les petites entreprises ont été créatrices d’emplois sur ces dernières années.

Ce qui n’est pas du tout le cas des entreprises de plus de 300 salariés, qui, elles, ont diminué leurs effectifs. Donc, dire « les entreprises créent des emplois »… Lesquelles ? « Les entreprises ont besoin d’un système de gouvernement différent »… Lesquelles ? Nécessairement, on s’adresse plus aux grandes. Mais je pense qu’il y a un gros problème de terminologie, parce que l’« entreprise », ça embrasse tout ça, et c’est dommage.

TR : Sans aller trop dans la complexité du sujet, on peut quand même rappeler qu’aujourd’hui on assiste à un double mouvement. On assiste à un mouvement de concentration financière, à travers les holdings, et de déconcentration productive, à travers un phénomène de « PMIsation ». Cela
pose une énorme question du point de vue de la capacité de représentation des salariés. Il faut juste avoir en tête qu’aujourd’hui, 70 % des PME de vingt à trente salariés appartiennent à des groupes. « Small is beautiful » est un mythe ! C’est aujourd’hui une des raisons qui explique les ordonnances Macron. On permet ainsi, en abaissant les seuils de représentativité, de développer ce mouvement de PMIsation d’entreprises appartenant à des groupes et permettant une souplesse productive.

PS : Je vous remercie pour ces propos qui prêtent à réfléchir. Une dernière question : la réforme du Code du travail est menée dans l’idée qu’il faut « s’adapter au travail de demain » (discours de Muriel Pénicaud, ministre du Travail, à l’Hôtel de Matignon le 6 juin 2017). On a compris que, pour vous, le travail de demain de cette réforme n’était pas enviable. Qu’est-ce qu’est, pour vous, le travail de demain ?

JJG : Il me semble important que tous les citoyens soient intégrés par le travail. La République doit donner à tous ses enfants la possibilité de travailler s’ils le souhaitent et quand ils le souhaitent. Cela ne veut pas dire que c’est un plein temps perpétuel pour tout le monde. Passer à la société du travail idéal va réclamer une révolution intellectuelle considérable.

On a aujourd’hui un mécanisme qui fonctionne avec les fonctionnaires, qui est l’évolution de la rémunération dans le temps en fonction d’examens qu’on va passer pour acquérir un niveau supplémentaire, et en fonction de l’ancienneté. Cela n’est pas du tout lié à une « activité » à proprement parler. Vous avez aujourd’hui un certain nombre de préfets qui n’ont pas d’affectation
particulière, et qui pour certains n’ont même pas de mission particulière. Ils sont à la disposition de la République, et ils sont rémunérés normalement, comme s’ils étaient en activité. Cela ne gêne personne. C’est une piste à travailler pour qu’on s’inscrive dans un « salaire à vie », qui soit
fonction des responsabilités qu’on a, avec la possibilité d’avoir une année sabbatique, de faire du bénévolat, de s’occuper d’un parent qui en aurait besoin. On se « mettrait en disponibilité » pour s’en occuper pendant un an, pour l’accompagner dans ses derniers instants. Ce pourrait être pour
une maman qui veut s’occuper de ses quatre enfants, parce que quatre ce n’est pas pareil qu’un !

Ce pourrait être travailler à mi-temps, reprendre des études pour atteindre un niveau supplémentaire, faire le tour du monde quand on a fini ses études avant de rentrer dans une activité professionnelle, etc.

Pour les fonctionnaires, il n’y a pas nécessité d’avoir une affectation et un travail pour avoir une rémunération. On peut développer cela en modulant par petites touches. Peut-être — et je dis bien peut-être — que le revenu de base, qui a été évoqué lors de la dernière campagne présidentielle par l’un des candidats, serait une première approche pour toucher du doigt une
rémunération qui ne soit pas directement liée à une activité.

Le salariat, c’est une construction de notre société. On aurait pu en construire une autre ! Mais aujourd’hui on n’en connaît pas d’autres. Donc il faut partir de celle-là pour évoluer vers ce qui pourrait être une avancée, étant entendu qu’on ne peut procéder que par palier. En tout cas, l’ubérisation de l’économie, n’avoir que des indépendants qui ne peuvent pas faire autrement et dont la seule marge de manœuvre est la négociation du contrat, on le connaît déjà, c’est l’agriculture. Les paysans qui négocient avec de grands groupes industriels arrivent à des contrats qui sont complètement léonins, et qui amènent un suicide tous les deux jours pour les agriculteurs aujourd’hui !
L’ubérisation de l’économie, il n’y a pas besoin d’imaginer comment ça va être : ça va être le monde agricole d’aujourd’hui ! C’est le renard libre dans le poulailler libre ! Et l’on n’a jamais vu une poule manger un renard.

TR : J’aurais une nuance sur ce qu’on pourrait appeler la poursuite tendancielle des courbes de productivité. Je pense qu’on est dans un mouvement assez radical de nouveauté.

L’informatisation, ce n’est pas la mécanisation. La révolution informationnelle est différente de la révolution industrielle. Des sociologues comme Philippe Zarifian ou Jean Lojkine ont montré que l’on pouvait créer de nouvelles combinaisons productives plus riches en emplois, notamment dans les services. Il y a un célèbre économiste américain, Robert Solow, qui dit : « on voit des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques ». Qu’est-ce que cela veut dire ? La manière dont on introduit l’informatique, le numérique, les réseaux sociaux internes dans l’entreprise, ne crée pas automatiquement des gains de productivité. Lorsque des cadres passent l’essentiel de leur
temps en réunions — même collaboratives — et en reporting, les gains peuvent être nuls. Certains économistes américains, même néomarxistes, disent que la croissance stagne parce que nous n’avons plus de gains de productivité. Cela renvoie à la question essentielle du type d’organisation
du travail qu’il y a à l’intérieur de l’entreprise, où des gains sont gâchés, parce que la conduite du changement se fait souvent en dépit du bon sens.
Si l’on fait le pari qu’on est plutôt dans une « économie de la connaissance », c’est-à-dire que l’actif immatériel central est l’accumulation de connaissances, on a plus besoin de l’entreprise « nœud de contrats ». On a besoin d’entreprises partenariales dans lesquelles le salariat est un
atout considérable. Le salariat évite à l’entreprise la multiplication des coûts de transaction. Je ne crois donc pas à la fin du salariat, je crois à sa rénovation profonde, à son émancipation dans une logique de partage du pouvoir. C’est un salariat beaucoup plus éduqué, beaucoup plus évolué
qu’au début de la révolution industrielle. Je ne crois pas à la disparition du salariat. D’ailleurs, dans les chiffres, il n’y a pas de disparition du salariat. Il n’y a pas plus de travailleurs indépendants.

Je crois moins à la réduction hebdomadaire du temps de travail qu’à une réduction du temps de travail tout au long de la vie. Cela est rendu d’autant plus nécessaire du fait de l’allongement de la vie active et du vieillissement de la population. On aura besoin d’avoir une logique de préretraite progressive et d’aménagement du temps de travail, notamment sur la fin des parcours professionnels, pour avoir des personnes qui travaillent en bonne santé. On a aujourd’hui un allongement de la vie, mais cet allongement de la vie ne se fait pas en bonne santé. On sort du monde du travail usé et abîmé. Et là, les inégalités de classe sont criantes, y compris sur les espérances de vie entre les ouvriers et les cadres. Il me semble qu’on doit réfléchir à ce qu’on
appelle dans les sociétés nordiques le « vieillissement actif » avec des logiques de travail soutenable. C’est un ralentissement des enjeux de productivité pour permettre à tout le monde de travailler. Ce qui parfois m’interpelle, c’est que quand on est sur des réductions trop massives de
temps de travail, on a une intensification du travail sur le temps restant, et des effets sur la santé.

PS : Jean-Jacques Gury, Thierry Rochefort, toute l’équipe du Poing Commun vous remercie pour cet entretien très enrichissant !

Propos recueillis par Paul Sylvestre, vice-président du Poing Commun.

Mgr Emmanuel Macron Chanoine de Saint-Jean-De-Latran – Tribune libre d’Elliott Aubin

Tribune Libre d’Elliott Aubin
1er Décembre 2017 

chanoine

« L’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé. »
On se souvient de cette violente déclaration de Nicolas Sarkozy le 20 décembre 2007. Il était alors au Vatican, devant le Pape, et recevait le titre de Chanoine de Latran. « Une distinction honorifique qui revient de droit à tous les présidents français en tant qu’héritiers des rois de France »1. Emmanuel Macron vient, lui aussi, d’accepter de recevoir ce titre et a annoncé vouloir se rendre à Rome « pour en prendre possession ».

Comment pourrions-nous nous étonner d’un tel choix ?

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(Tribune Libre) « Cantat est de retour. Les champions de la morale aussi. » par Jonas Sallembien

Tribune Libre – Jonas Sallembien – 20 novembre 2017
Le contenu d’une « Tribune Libre » n’engage pas la parole officielle de notre association.

Justice triomphe de la démesure, quand son heure est venue ; pâtir rend le bon sens au sot (Δίκη δὑπὲρ ὔϐριος ἴσχει ἐς τέλος ἐξελθοῦσα· παθὼν δέ τε νήπιος ἔγνω). – Hésiode, Les travaux et les jours, v. 217-219, Paris, Editions Les Belles Lettres, 2014, p. 94.

I. Introduction

En décembre 2017, Bertrand Cantat sortira un nouvel album. Pour l’occasion, l’un des titres a été rendu disponible le 6 octobre. S’en est suivie une polémique, qui tire sa source de la Une du 10 octobre des Inrockuptibles (1) intitulée « Cantat. En son nom » et qui, semble-t-il, n’a pas fait l’unanimité. En réaction, Elle, le magazine qui consacre une partie non négligeable de ses pages au corps féminin, à son entretien et à sa mise en valeur — et qui, par conséquent, participe activement à entériner le patriarcalisme et ses habitus (2) —, a cru bon de titrer, le 17 octobre, « Au nom de Marie », se servant ainsi de l’actrice comme prétexte pour amalgamer une affaire complexe qui remonte à 2003 et les violences faites aux femmes (3). Entre temps, chacun s’est enorgueilli de son petit commentaire prosaïque, superficiel et médiocre sur le sujet. Marlène Schiappa, la ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, en a d’ailleurs donné un merveilleux exemple sur Tweeter (le 11 octobre), pensant être à l’apogée de la pensée égalitariste en cent quarante caractères : « Et au nom de quoi devons-nous supporter la promo de celui qui a assassiné (4) Marie Trintignant à coups de poings ? Ne rien laisser passer. » Outre le fait qu’il est tout aussi affligeant que scandaleux de voir une élue de la République nier à ce point le Droit (5), l’attitude générale à l’égard de Bertrand Cantat témoigne au fond d’une véritable méconnaissance, aussi bien de « l’affaire Cantat » dans son entièreté — et a fortiori de ses implications juridiques — que d’une négation de la République et de ses institutions.
Nous chercherons donc, à travers une clarification sémantique et conceptuelle, à démontrer l’inconsistance d’une écrasante majorité des propos tenus sur le sujet, afin de comprendre pourquoi accabler l’artiste d’injures et d’appels à la censure relève d’une contradiction notoire et antirépublicaine. Ce plaidoyer se voudra, dans la mesure du possible, objectif, en ce sens qu’il ne sera pas question d’inviter chacun à aimer ou non la musique de Bertrand Cantat. Cela reviendrait, en effet, à se précipiter dans un jugement qui relèverait du seul fait de l’agréable (6) — qui animait en partie les réactions affectives suscitées par le verdict du procès en mars 2004 ou la libération conditionnelle du chanteur en octobre 2007, et qui imprègne toujours chacune de ses sorties musicales — et que nous voulons à tout prix éviter.

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Ciné-débat : « La loi du marché » de Stéphane Brizé

ciné débat la loi du marché

L’équipe du Poing Commun est heureuse de partager avec vous son prochain événement : la projection du film La loi du marché, suivie d’un débat.

Cela se passera ce jeudi 16 novembre, au bar L’Albion (rue Sainte-Catherine, Lyon).

Pour recevoir les notifications de l’événement, rejoignez-le sur Facebook.

En attendant, vous pouvez retrouver la fiche support du film préparée par Pierre Triollier.

En vous attendant nombreux !

L’équipe du Poing Commun

ciné débat la loi du marché

 

Modernité ne doit pas rimer avec précarité, par Jonathan Bocquet

Cet article écrit par Jonathan Bocquet est une contribution citoyenne dans le cadre du cycle thématique du Poing Commun portant sur le travail.

La nouvelle plateforme à la mode, c’est Jobypepper. Une application permettant de mettre en contact des étudiants et des entreprises pour du travail en free-lance. Quelques journaux s’en font l’écho. Selon l’un des fondateurs (1) , l’étudiant « devient son propre patron, mais sans les contraintes »  ; en fait, il devient surtout un intérimaire sans les avantages.

Sous prétexte de faciliter la recherche d’emploi et d’éviter « les contraintes de la routine d’un job étudiant permanent », la plateforme propose de systématiser une situation de précariat — c’est-à-dire une situation dans laquelle le revenu du travail ne permet plus d’assurer l’indépendance économique et sociale du travailleur (2).

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« Ce travail qui ne rend pas libre », par Thibault Mordraal

Cet article écrit par Thibault Mordraal entre dans le cadre du cycle thématique du Poing Commun sur le travail.

Le travail rend libre, paraît-il. On peut comprendre qu’il puisse donner cette impression : spontanément, il nous apparaît qu’il faut souvent un certain travail pour obtenir ce que nous voulons, et ainsi réaliser nos désirs. Dès lors, puisque la République tient pour nous dans les mots « Liberté – Égalité – Fraternité », il nous faudrait encenser le travail comme un puissant promoteur des valeurs républicaines !

Aussitôt énoncé, ce raisonnement bute pourtant sur la réalité : le travail, dans notre expérience quotidienne, n’est pas seulement ce qui nous permet d’obtenir ce que nous désirons, généralement un salaire ; c’est aussi la contrainte d’exercer toute la journée une activité qui ne nous intéresse pas ou peu ; c’est aussi bien souvent l’obéissance à une hiérarchie dont les ordres nous paraissent absurdes ou irréalisables ; c’est enfin ne pas pouvoir consacrer plus de temps et d’énergie à ce que l’on aime, parfois jusqu’à perdre goût pour la vie – demandez donc à certains salariés de France Télécom ce qu’ils pensaient du travail ! Est-ce cela, être libre ?

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Café débat d’octobre : cycle thématique du travail

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La réforme du droit du travail, quels enjeux, quelles critiques ?

C’est la problématique qui a animé la soirée du 19 octobre dernier, au Moulin Joly dans le 1er arrondissement de Lyon.

Introduit par une présentation et vulgarisation des textes de la réforme par Soel Diab, la soirée fût animée et rythmée par les prises de paroles contradictoires des citoyens présents.

Très prochainement, l’association publiera un compte rendu des débats menés qui ont tous été enrichissants et n’ont fini que beaucoup trop tôt !

Photos : Pierre Triollier pour Le Poing Commun

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Le Poing Commun se lance à Rennes !

LPC Rennes

Le Poing Commun est heureux de vous présenter la déclaration de lancement du groupe local de Rennes, rédigée par Simon Ferelloc, référent du groupe local.

Notre République est en danger. La défense du bien commun, qui constitue son principe fondateur, est sans cesse mise à mal par la doctrine néolibérale et les intégrismes de tous horizons. Quelles sont les raisons de telles attaques ? Quel intérêt, dès lors, à défendre l’idéal républicain ?

Ce mot s’affiche pourtant partout. Scandé dans les meetings, inscrit sur les affiches et même récupéré par certains partis bien peu investis dans la défense des valeurs et des principes républicains. Tout cela signifie-t-il que la République française, dont la fondation a bouleversé l’Histoire, doit-elle pour autant être jetée aux oubliettes ? Au Poing Commun, nous sommes convaincus du contraire. Citoyens engagés dans la vie de la cité, militants, syndiqués, partisans, encartés ou non, nous sommes tous attachés à une certaine idée de la République. C’est pourquoi l’association Le Poing Commun défend et promeut quotidiennement ses valeurs, dans la réflexion et dans l’action.

Nous nous engageons ainsi pour :

– Une République INDIVISIBLE aussi bien dans son territoire que dans son peuple. Nous nous engageons fermement contre toutes les formes de discriminations et contre tous les fanatismes qui fondent leur idéologie sur la peur et le rejet de l’autre, au nom d’un illusoire communautarisme ethnique.

– Une République LAÏQUE. Nous nous engageons pour une République tolérante qui garantit à chacun la liberté de conscience et pour une République vigilante qui combat tout usage politique des religions et tout intégrisme religieux.

– Une République DÉMOCRATIQUE. Nous nous engageons pour rendre sa souveraineté pleine et entière au peuple français. Nous sommes attachés au principe de séparation des pouvoirs, c’est pourquoi nous défendons l’indépendance de la justice ainsi que celle des médias.

– Une République SOCIALE. Nous nous engageons pour une République qui assure à chacun l’accès à l’éducation, à l’emploi, au logement, à la santé et aux richesses. Nous militons pour une République qui garantit une vie décente à chaque citoyen.

Présents dans plusieurs villes de France (Lyon, Paris, Dijon, Toulouse et Villeurbanne), nous souhaitons désormais lancer l’association sur Rennes. Rennes, ville culturelle, ville jeune, ville dynamique, ville de diversité… Disposant de nombreux atouts, cette cité bouillonnante pourrait devenir un modèle de laïcité, de solidarité, de démocratie, de cohésion sociale. Tel sera notre objectif !

L’essentiel de notre objet : l’organisation de cycles thématiques, inaugurés par des séminaires de réflexion, des rédactions collaboratives alimentées par des conférences et des travaux de recherche et conclus par des événements publics, citoyens et festifs. En bref, s’il fallait résumer en quelques mots l’ambition de cette association : créer un débat d’idées au cœur de la cité.

Citoyen, citoyenne, si l’idéal républicain représente pour toi une valeur à défendre, un concept à réinterroger, un « bien commun » à partager, le Poing Commun sera ravi te t’accueillir pour participer à notre réflexion commune et à nos mobilisations.

Ensemble, défendons plus que jamais notre éternelle devise : Liberté ! Égalité ! Fraternité !”

Simon Ferelloc, référent Rennes 

LPC Rennes